À Goma, des laboratoires communautaires d’apprentissage aident les couples à dépasser les rumeurs sur la contraception, à parler de l’espacement des naissances et à prendre ensemble des décisions pour l’avenir de leur famille.
Les prénoms ont été modifiés afin de préserver l’identité du couple.
Mariés depuis plusieurs années et parents de plusieurs enfants, Sifa et Amisi connaissent les défis quotidiens auxquels font face de nombreuses familles de leur communauté. Comme beaucoup d’autres couples, ils souhaitaient mieux planifier l’avenir de leur famille et éviter des grossesses trop rapprochées, mais ils ne disposaient pas toujours d’informations fiables leur permettant de faire des choix éclairés.
Sifa avait déjà essayé de trouver seule une solution.
« Avant, je n’espaçais pas les naissances. Mes amies m’avaient parlé des médicaments que l’on pouvait prendre pour planifier les naissances. Comme ces méthodes n’étaient pas disponibles gratuitement à l’hôpital, je me suis rendue dans une pharmacie pour acheter une méthode que je prenais chaque jour. Je voulais éviter des grossesses trop rapprochées, mais je ne connaissais pas suffisamment les différentes méthodes contraceptives. »
Comme beaucoup d’autres membres de leur communauté, le couple était exposé à des rumeurs et à des informations contradictoires concernant la planification familiale. Les questions liées à l’espacement des naissances étaient rarement discutées ouvertement, alors même que les grossesses rapprochées pouvaient avoir des conséquences sur la santé des femmes, le bien-être des enfants et l’équilibre économique du ménage.
Le changement a commencé lorsque le couple a entendu parler d’un laboratoire communautaire d’apprentissage organisé dans leur communauté par YARH-DRC (Youth Alliance for Reproductive Health), une organisation de jeunes membre de la coalition YouthSprint qui œuvre pour la promotion de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Mis en œuvre avec l’appui d’Ipas RDC dans le cadre d’un projet financé par Affaires mondiales Canada (Global Affairs Canada), le laboratoire offrait aux membres de la communauté un espace pour identifier les défis qui affectaient leur quotidien, échanger sur leurs expériences et construire ensemble des solutions adaptées à leur réalité.
Contrairement à une séance de sensibilisation classique, le laboratoire plaçait les participants au centre du processus. Ensemble, ils ont identifié les problèmes qui affectaient les familles, analysé leurs causes et recherché des solutions réalistes à expérimenter dans leur propre communauté. À Kiziba, les échanges ont notamment mis en lumière les inquiétudes liées aux grossesses rapprochées, le manque d’informations fiables sur la contraception et les nombreuses rumeurs entourant les méthodes contraceptives.
Pour Sifa, ces discussions ont constitué un tournant.
« Lorsque j’ai appris qu’il existait un espace où l’on pouvait échanger sur les questions de santé sexuelle et reproductive, je me suis intéressée et j’ai participé aux discussions. Les enseignements reçus m’ont permis de mieux comprendre les différentes méthodes contraceptives, leur importance et leur utilisation. »
Au fil des séances, les couples ont pu poser leurs questions, comparer les différentes options disponibles et réfléchir ensemble aux solutions les mieux adaptées à leur situation. Les décisions sont restées entièrement volontaires : certains couples ont choisi une méthode naturelle basée sur le collier du cycle, tandis que d’autres ont opté pour une méthode contraceptive moderne.
Plus important encore, les discussions ont permis d’ouvrir le dialogue au sein des ménages.
Les couples ont commencé à parler plus librement de leurs besoins, de leurs projets familiaux et des choix liés à l’espacement des naissances. Les visites à domicile et l’accompagnement individualisé assurés par YARH-DRC ont renforcé cette dynamique en permettant aux partenaires de poursuivre les échanges au-delà des séances communautaires.
Pour Sifa, l’apprentissage ne s’est pas arrêté à sa propre expérience.
« Aujourd’hui, je comprends mieux les différentes méthodes. J’ai aussi compris que je pouvais partager ces informations avec d’autres personnes de mon entourage. Ces derniers temps, je partage ce que j’ai appris. »
L’histoire de Sifa et Amisi n’est pas un cas isolé. Deux laboratoires communautaires ont accompagné quatre couples confrontés à différentes problématiques, notamment les grossesses rapprochées et les violences économiques. Malgré des défis différents, un constat commun s’est dégagé : lorsque les familles disposent d’un espace sûr pour discuter de leurs préoccupations, elles sont davantage en mesure d’identifier leurs besoins, de rechercher des solutions et de prendre des décisions ensemble.
Cette expérience a également montré que les communautés elles-mêmes peuvent devenir porteuses de changement. En créant un espace d’écoute, d’apprentissage et de dialogue, les laboratoires ont permis aux participants de dépasser certaines idées reçues et de construire leurs propres réponses aux défis qui affectent leur quotidien.
Comme le souligne un membre de YARH-DRC :
« Les laboratoires communautaires d’apprentissage nous ont permis de créer un espace où les membres de la communauté peuvent se parler librement, partager leurs expériences et chercher ensemble des solutions aux problèmes qui les concernent. »


