La santé des femmes, une priorité même en contexte de crise humanitaire

La santé des femmes, une priorité même en contexte de crise humanitaire

Dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), des décennies de crise humanitaire ont provoqué des déplacements massifs de populations. La fermeture progressive de plusieurs camps de déplacés internes a récemment accentué cette situation, entraînant une dispersion des ménages vers des familles d’accueil et des sites informels, notamment à Nyiragongo, Karisimbi et dans la ville de Goma.

Cette recomposition du contexte humanitaire s’inscrit dans un environnement marqué par l’insécurité persistante et les violences armées, exerçant une forte pression sur les services sociaux et le système de santé.

Dans ce cadre, l’organisation des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) a dû évoluer. Les interventions concentrées dans les camps ne répondaient plus à la réalité de déplacements diffus au sein des communautés. Un changement d’échelle et une réorientation stratégique se sont imposés.

Avec l’appui du gouvernement du Canada, à travers l’initiative WISH, Ipas RDC accompagne les autorités sanitaires et les partenaires locaux afin de garantir la continuité des services essentiels de SSR pour les femmes et les adolescentes, même en période de crise.

Une réponse intégrée et durable, ancrée au niveau local

Face à la dispersion des populations déplacées, les autorités sanitaires, avec l’appui technique d’Ipas RDC et d’autres partenaires humanitaires, ont intégré les services de santé sexuelle et reproductive dans les structures de santé existantes et les sites avancés.

Cette approche vise à rapprocher les services des communautés tout en renforçant la résilience du système de santé. Elle permet d’assurer la continuité des soins complets d’avortement sécurisé, de la planification familiale, de la prise en charge des violences basées sur le genre (VBG) et des infections sexuellement transmissibles (IST).

L’intervention a permis de renforcer l’offre de services dans une trentaine de formations sanitaires au Nord et au Sud-Kivu, grâce notamment au renforcement des capacités des prestataires, à l’appui en intrants, à la supervision formative et au soutien aux initiatives communautaires. Ce travail concerté contribue à réduire les barrières géographiques, sociales et économiques à l’accès aux soins.

Les femmes en RDC

Garantir les droits reproductifs en contexte de crise : le parcours d’Elikya

Le parcours d’Elikya (nom d’emprunt), 29 ans et mère de trois enfants, illustre l’impact concret de cette approche. Ayant découvert une grossesse rapprochée présentant un risque pour sa santé, elle a été orientée par un relais communautaire vers un centre de santé.

Accueillie et prise en charge gratuitement au centre de santé CCLK, elle a pu bénéficier d’un soin complet d’avortement sécurisé, puis choisir une méthode contraceptive adaptée.

« Aujourd’hui, je suis en vie et soulagée de pouvoir espacer mes grossesses. Je remercie les personnes qui rendent ces services possibles dans notre communauté », témoigne-t-elle.

Son expérience souligne l’importance de services de santé reproductive accessibles, intégrés et respectueux des droits des femmes, y compris en contexte humanitaire.

Une approche fondée sur les droits et la résilience du système de santé

L’intervention s’inscrit dans une approche fondée sur les droits humains et s’aligne sur les engagements nationaux et régionaux, notamment le Protocole de Maputo. En renforçant les capacités des structures sanitaires et les mécanismes communautaires d’orientation, les services sont rendus disponibles, accessibles, acceptables et de qualité.

Dans un contexte marqué par un accès limité aux méthodes contraceptives et par des risques élevés de complications liées aux grossesses non planifiées — souvent associées aux avortements non sécurisés — l’intégration des soins complets d’avortement sécurisé et de la planification familiale constitue un levier essentiel pour réduire la mortalité maternelle et renforcer l’autonomie corporelle des femmes

Groupe de personnes en RDC

Une réponse coordonnée face aux défis humanitaires persistants

Malgré des contraintes majeures — ruptures d’intrants, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, insécurité et pression sur les ressources humaines — la coordination entre autorités sanitaires, partenaires humanitaires et acteurs communautaires permet de maintenir les services essentiels jusqu’au dernier kilomètre.

Grâce à cette approche concertée, des milliers de femmes ont pu accéder à des services de planification familiale, de soins complets d’avortement sécurisé et de prise en charge des violences sexuelles. En rapprochant durablement les services des communautés affectées par les crises, l’intervention contribue à sauver des vies, à préserver la dignité des femmes et des filles, et à renforcer la résilience du système de santé.

Déplacée, Oui…mais j’ai le droit de décider de mon corps !

Déplacée, Oui…mais j’ai le droit de décider de mon corps !

Quand le projet Makoki ya Muasi redonne aux femmes le pouvoir de choisir, même en contexte de crise humanitaire.

À 32 ans, Amani (nom d’emprunt) mère de cinq enfants, vit dans le camp de déplacés Alpha, à Beni dans la province du Nord – Kivu. Comme des milliers d’autres familles ayant fui les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo, son quotidien est marqué par la précarité, l’incertitude et une lutte permanente pour assurer la survie de ses enfants.

« La vie dans le camp est très difficile. Parfois, je ne sais même pas ce que mes enfants vont manger le lendemain. Chaque jour est un combat pour leur offrir au moins un peu de nourriture et de sécurité »,

confie-t-elle.

Dans cet environnement instable, où l’accès aux services de base est limité et où les priorités semblent se réduire à la survie immédiate, la perspective d’une nouvelle grossesse représentait pour elle une angoisse constante. Comment continuer à protéger et nourrir ses enfants alors que les ressources manquent déjà ? Comment préserver sa santé dans un contexte où les choix semblent imposés par les circonstances ?

Une rencontre décisive au cœur du camp

C’est dans ce contexte que la trajectoire de Amani commence à changer. Un jour, elle participe à une séance de sensibilisation organisée dans le camp par les Mashujaa, Un tournant s’opère lorsque Amani entre en contact avec les Mashujaa, un réseau de jeunes engagés dans l’information, l’accompagnement et l’orientation des femmes et des filles vers des services de santé sexuelle et reproductive fondés sur les droits.

À travers ces échanges, elle découvre que la planification familiale n’est pas un service réservé aux contextes stables, mais un droit fondamental. Elle réalise qu’il s’agit d’un élément essentiel pour la santé des femmes et le bien-être des familles, y compris et surtout en situation de déplacement suite aux conflits armés.

Encouragée par les informations reçues et rassurée par l’approche bienveillante des Mashujaa, Amani décide de franchir une étape supplémentaire.

Accéder aux services pour reprendre le contrôle sur sa maternité

Elle se rend alors au Centre de Santé BUTSILI dont le personnel soignant a bénéficié de renforcement des capacitéspar le ministère de la Santé en collaboration avec Ipas RDC. Ce prestataire lui offre un accompagnement de qualité, fondé sur l’écoute, le respect et l’information. Ensemble, ils identifient une méthode de planification familiale adaptée à sa situation, à ses besoins et à ses choix.

« Aujourd’hui, je me sens soulagée. Je peux mieux m’occuper de mes enfants sans vivre dans la peur d’une nouvelle grossesse alors que nous traversons déjà tant de difficultés »,

Pour Amani, l’accès à ces services représente bien plus qu’un acte médical. le retour d’un sentiment de contrôle sur sa propre vie, dans un contexte où tout semblait lui échapper. Désormais, elle peut se concentrer sur l’essentiel : protéger sa santé, prendre soin de ses enfants et envisager l’avenir avec davantage de sérénité. Grâce à l’accès à l’information et aux services de planification familiale, elle retrouve peu à peu un sentiment de contrôle sur sa vie. Dans un contexte marqué par le déplacement et l’incertitude, Amani peut désormais concentrer ses efforts sur l’essentiel : protéger sa santé et offrir un avenir meilleur à ses enfants. Inspirée par son expérience, elle n’hésite pas à encourager d’autres femmes du camp à s’informer sur la planification familiale afin de mieux prendre soin d’elles-mêmes et de leurs familles.

Agir là où les besoins sont les plus urgents

L’histoire d’Amani illustre l’impact recherché par Ipas RDC, dont l’objectif est de réduire les inégalités d’accès à la santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo, en mettant un accent particulier sur les femmes et les filles vivant dans des contextes de crise et de forte vulnérabilité.

Cette intervention s’inscrit dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre par Ipas RDC avec l’appui de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida). Le projet vise à garantir aux femmes et aux filles, y compris dans les contextes les plus fragiles et touchés par les crises, l’accès à une information fiable et à des services de santé sexuelle et reproductive de haute ‑qualité, tout en contribuant à la réduction des violences basées sur le genre ainsi que des grossesses non désirées. ainsi que des grossesses non désirées.

Mis en œuvre notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, du Kasaï et à Kinshasa, le projet combine plusieurs leviers d’action :

  • le renforcement des capacités des acteurs communautaires, comme les Mashujaa, afin de diffuser une information fiable et de lutter contre les tabous et la stigmatisation ;
  • l’amélioration de l’accès aux services de planification familiale et de santé reproductive, y compris en contexte humanitaire ;
  • et le soutien aux structures de santé locales, pour garantir un accompagnement respectueux, fondé sur les droits et les choix des femmes.

Grâce à cette approche intégrée, des milliers de femmes et de filles ont pu être informées, orientées et accompagnées vers des services adaptés, avec des changements positifs observés tant au niveau individuel que communautaire.

Redonner espoir, même en situation de crise humanitaire

Dans le camp de déplacés Alpha, comme dans de nombreuses autres communautés touchées par les crises, Ipas RDC démontre qu’il est possible d’agir efficacement, même dans des contextes marqués par l’urgence et l’instabilité.

Pour Amani, cette action s’est traduite par un changement concret et durable, la possibilité de décider pour son corps, malgré le déplacement, malgré la précarité. Une décision qui lui permet aujourd’hui de regarder l’avenir avec un peu plus d’espoir, pour elle et pour ses enfants.