Justice pour les femmes en RDC : innovation, redevabilité et droits en santé sexuelle et reproductive

Justice pour les femmes en RDC : innovation, redevabilité et droits en santé sexuelle et reproductive

Depuis plusieurs années, Ipas RDC s’engage dans les espaces régionaux et internationaux de plaidoyer afin d’influencer les cadres juridiques, politiques et institutionnels qui conditionnent l’accès effectif des femmes et des filles à leurs droits en santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo. La Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW) constitue, à ce titre, une plateforme stratégique pour faire avancer l’égalité de genre, la justice sociale et les droits humains.

The canadian delegation

Pour Ipas RDC, la participation à ces fora internationaux constitue un levier stratégique pour influencer les normes globales, soutenir la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo en RDC et renforcer la légitimité des réformes nationales en matière de droits sexuels et reproductifs.

C’est dans cette perspective de plaidoyer et d’influence qu’Ipas RDC a pris part à la 70ᵉ session de la CSW, tenue à New York du 9 au 19 mars 2026, avec une délégation nationale de haut niveau réunissant des représentantes de la justice, du secteur de la santé et de la société civile, sous le patronage de la Ministre du Genre, Famille et Enfant. Les échanges ont réaffirmé l’engagement du gouvernement congolais en faveur de la promotion et de la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles.

Women in DRC

Les discussions ont mis en lumière des avancées concrètes en matière de réformes juridiques et de redevabilité institutionnelle, notamment la formation de plus de 5 000 magistrats, la mise en place de points focaux au sein des juridictions et l’émission d’une circulaire du Conseil supérieur de la magistrature. Ces progrès contribuent à améliorer le traitement judiciaire des dossiers liés à l’avortement et à renforcer la protection des droits des femmes, y compris dans les contextes fragiles et humanitaires.

Toutefois, les participant·es ont souligné que l’existence de cadres juridiques favorables demeure insuffisante sans une meilleure information des communautés, une réduction de la stigmatisation sociale et une application effective des textes. Face à ces défis, Ipas RDC a présenté son approche de construction d’un écosystème durable de l’avortement, visant à renforcer les capacités des acteurs judiciaires et sanitaires, à diversifier les canaux d’accès à l’information et à améliorer la qualité et la redevabilité des services.

Un plaidoyer fort a également été porté en faveur de l’intégration des soins complets d’avortement dans la Couverture Santé Universelle, comme levier essentiel pour réduire durablement la mortalité maternelle. Les données partagées indiquent déjà une baisse des décès liés aux avortements clandestins, bien que les adolescentes et jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans demeurent particulièrement exposées. Enfin, l’importance d’une prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles — médicale, juridique et psychosociale — a été réaffirmée, de même que la nécessité de poursuivre la mobilisation face aux résistances persistantes aux droits sexuels et reproductifs sur la scène internationale.

Group of people in the DRC

À travers sa participation à la CSW70, Ipas RDC réaffirme sa conviction que la réalisation des droits sexuels et reproductifs des femmes repose sur une action coordonnée entre justice, santé et redevabilité institutionnelle, afin de garantir des parcours de soins accessibles, respectueux et durables pour toutes.

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.

Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.

À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.

Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.

Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.

« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner, sans jugement. »

Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.

À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables, de qualité et respectueux des droits.

Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.

L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.

À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.

En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.

Déplacée, Oui…mais j’ai le droit de décider de mon corps !

Déplacée, Oui…mais j’ai le droit de décider de mon corps !

Quand le projet Makoki ya Muasi redonne aux femmes le pouvoir de choisir, même en contexte de crise humanitaire.

À 32 ans, Amani (nom d’emprunt) mère de cinq enfants, vit dans le camp de déplacés Alpha, à Beni dans la province du Nord – Kivu. Comme des milliers d’autres familles ayant fui les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo, son quotidien est marqué par la précarité, l’incertitude et une lutte permanente pour assurer la survie de ses enfants.

« La vie dans le camp est très difficile. Parfois, je ne sais même pas ce que mes enfants vont manger le lendemain. Chaque jour est un combat pour leur offrir au moins un peu de nourriture et de sécurité »,

confie-t-elle.

Dans cet environnement instable, où l’accès aux services de base est limité et où les priorités semblent se réduire à la survie immédiate, la perspective d’une nouvelle grossesse représentait pour elle une angoisse constante. Comment continuer à protéger et nourrir ses enfants alors que les ressources manquent déjà ? Comment préserver sa santé dans un contexte où les choix semblent imposés par les circonstances ?

Une rencontre décisive au cœur du camp

C’est dans ce contexte que la trajectoire de Amani commence à changer. Un jour, elle participe à une séance de sensibilisation organisée dans le camp par les Mashujaa, Un tournant s’opère lorsque Amani entre en contact avec les Mashujaa, un réseau de jeunes engagés dans l’information, l’accompagnement et l’orientation des femmes et des filles vers des services de santé sexuelle et reproductive fondés sur les droits.

À travers ces échanges, elle découvre que la planification familiale n’est pas un service réservé aux contextes stables, mais un droit fondamental. Elle réalise qu’il s’agit d’un élément essentiel pour la santé des femmes et le bien-être des familles, y compris et surtout en situation de déplacement suite aux conflits armés.

Encouragée par les informations reçues et rassurée par l’approche bienveillante des Mashujaa, Amani décide de franchir une étape supplémentaire.

Accéder aux services pour reprendre le contrôle sur sa maternité

Elle se rend alors au Centre de Santé BUTSILI dont le personnel soignant a bénéficié de renforcement des capacitéspar le ministère de la Santé en collaboration avec Ipas RDC. Ce prestataire lui offre un accompagnement de qualité, fondé sur l’écoute, le respect et l’information. Ensemble, ils identifient une méthode de planification familiale adaptée à sa situation, à ses besoins et à ses choix.

« Aujourd’hui, je me sens soulagée. Je peux mieux m’occuper de mes enfants sans vivre dans la peur d’une nouvelle grossesse alors que nous traversons déjà tant de difficultés »,

Pour Amani, l’accès à ces services représente bien plus qu’un acte médical. le retour d’un sentiment de contrôle sur sa propre vie, dans un contexte où tout semblait lui échapper. Désormais, elle peut se concentrer sur l’essentiel : protéger sa santé, prendre soin de ses enfants et envisager l’avenir avec davantage de sérénité. Grâce à l’accès à l’information et aux services de planification familiale, elle retrouve peu à peu un sentiment de contrôle sur sa vie. Dans un contexte marqué par le déplacement et l’incertitude, Amani peut désormais concentrer ses efforts sur l’essentiel : protéger sa santé et offrir un avenir meilleur à ses enfants. Inspirée par son expérience, elle n’hésite pas à encourager d’autres femmes du camp à s’informer sur la planification familiale afin de mieux prendre soin d’elles-mêmes et de leurs familles.

Agir là où les besoins sont les plus urgents

L’histoire d’Amani illustre l’impact recherché par Ipas RDC, dont l’objectif est de réduire les inégalités d’accès à la santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo, en mettant un accent particulier sur les femmes et les filles vivant dans des contextes de crise et de forte vulnérabilité.

Cette intervention s’inscrit dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre par Ipas RDC avec l’appui de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida). Le projet vise à garantir aux femmes et aux filles, y compris dans les contextes les plus fragiles et touchés par les crises, l’accès à une information fiable et à des services de santé sexuelle et reproductive de haute ‑qualité, tout en contribuant à la réduction des violences basées sur le genre ainsi que des grossesses non désirées. ainsi que des grossesses non désirées.

Mis en œuvre notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, du Kasaï et à Kinshasa, le projet combine plusieurs leviers d’action :

  • le renforcement des capacités des acteurs communautaires, comme les Mashujaa, afin de diffuser une information fiable et de lutter contre les tabous et la stigmatisation ;
  • l’amélioration de l’accès aux services de planification familiale et de santé reproductive, y compris en contexte humanitaire ;
  • et le soutien aux structures de santé locales, pour garantir un accompagnement respectueux, fondé sur les droits et les choix des femmes.

Grâce à cette approche intégrée, des milliers de femmes et de filles ont pu être informées, orientées et accompagnées vers des services adaptés, avec des changements positifs observés tant au niveau individuel que communautaire.

Redonner espoir, même en situation de crise humanitaire

Dans le camp de déplacés Alpha, comme dans de nombreuses autres communautés touchées par les crises, Ipas RDC démontre qu’il est possible d’agir efficacement, même dans des contextes marqués par l’urgence et l’instabilité.

Pour Amani, cette action s’est traduite par un changement concret et durable, la possibilité de décider pour son corps, malgré le déplacement, malgré la précarité. Une décision qui lui permet aujourd’hui de regarder l’avenir avec un peu plus d’espoir, pour elle et pour ses enfants.