Au Burundi, renforcer le leadership pour faire progresser les droits reproductifs

Au Burundi, renforcer le leadership pour faire progresser les droits reproductifs

Au Burundi, les normes sociales, la stigmatisation et la compréhension limitée du cadre juridique continuent d’entraver l’accès des femmes et des filles à l’information et aux soins de santé sexuelle et reproductive. Pour contribuer à faire évoluer cette situation, Ipas Burundi a accompagné 27 acteurs, principalement issus de la société civile, afin de renforcer leur capacité à défendre les droits reproductifs.

Le processus a commencé par des sessions de Clarification des valeurs et de transformation des attitudes (CVTA). Ces espaces participatifs ont permis aux participants d’examiner leurs perceptions de l’avortement, de reconnaître certains préjugés et de mieux comprendre les réalités vécues par les femmes et les filles.

Comme le dit un participant :

« Avant de participer aux ateliers, j’avais moi aussi des doutes et des préjugés sur l’avortement. […] Aujourd’hui, nous nous sentons mieux outillés pour porter un plaidoyer fondé sur les droits humains, même dans un environnement parfois hostile. »

VCAT session participant

La délégation canadienne

Cette évolution des attitudes a été complétée par une revue participative du cadre juridique burundais relatif à l’avortement thérapeutique. En analysant les textes existants et les difficultés liées à leur application, les participants ont renforcé leurs connaissances et leur capacité à formuler des arguments de plaidoyer fondés sur le droit.

Les résultats observés montrent les premiers effets de cette approche : 15 participants ont renforcé leur connaissance des indications légales, 12 ont exprimé des positions moins stigmatisantes et 8 se sont engagés dans des initiatives de plaidoyer.

Ces changements individuels ont ensuite nourri un dialogue national réunissant des représentants de la société civile, de la santé, de la justice, des droits humains, du genre et des organismes internationaux. Mieux préparés et disposant d’un langage commun, les participants ont pu contribuer à l’élaboration d’une feuille de route destinée à renforcer la durabilité des droits et de la santé sexuelle et reproductive au Burundi.

La réussite de cette initiative ne réside donc pas uniquement dans le nombre de personnes accompagnées. Elle se mesure surtout à leur capacité renforcée à remettre en question les discours stigmatisants, à participer aux espaces de décision et à mobiliser leurs connaissances pour faire progresser les droits reproductifs.

En investissant dans les connaissances, les attitudes et le leadership de la société civile, Ipas Burundi contribue à poser les bases d’un environnement plus favorable aux droits et à la santé des femmes et des filles. Les 27 acteurs accompagnés peuvent désormais devenir des relais du changement dans leurs organisations, leurs secteurs et leurs communautés.

Quand le dialogue ouvre la voie à des choix éclairés

Quand le dialogue ouvre la voie à des choix éclairés

À Goma, des laboratoires communautaires d’apprentissage aident les couples à dépasser les rumeurs sur la contraception, à parler de l’espacement des naissances et à prendre ensemble des décisions pour l’avenir de leur famille.

Les prénoms ont été modifiés afin de préserver l’identité du couple.

Mariés depuis plusieurs années et parents de plusieurs enfants, Sifa et Amisi connaissent les défis quotidiens auxquels font face de nombreuses familles de leur communauté. Comme beaucoup d’autres couples, ils souhaitaient mieux planifier l’avenir de leur famille et éviter des grossesses trop rapprochées, mais ils ne disposaient pas toujours d’informations fiables leur permettant de faire des choix éclairés.

Sifa avait déjà essayé de trouver seule une solution.

« Avant, je n’espaçais pas les naissances. Mes amies m’avaient parlé des médicaments que l’on pouvait prendre pour planifier les naissances. Comme ces méthodes n’étaient pas disponibles gratuitement à l’hôpital, je me suis rendue dans une pharmacie pour acheter une méthode que je prenais chaque jour. Je voulais éviter des grossesses trop rapprochées, mais je ne connaissais pas suffisamment les différentes méthodes contraceptives. »

Un membre de la délégation canadienne

Comme beaucoup d’autres membres de leur communauté, le couple était exposé à des rumeurs et à des informations contradictoires concernant la planification familiale. Les questions liées à l’espacement des naissances étaient rarement discutées ouvertement, alors même que les grossesses rapprochées pouvaient avoir des conséquences sur la santé des femmes, le bien-être des enfants et l’équilibre économique du ménage.

La délégation canadienne

Le changement a commencé lorsque le couple a entendu parler d’un laboratoire communautaire d’apprentissage organisé dans leur communauté par YARH-DRC (Youth Alliance for Reproductive Health), une organisation de jeunes membre de la coalition YouthSprint qui œuvre pour la promotion de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Mis en œuvre avec l’appui d’Ipas RDC dans le cadre d’un projet financé par Affaires mondiales Canada (Global Affairs Canada), le laboratoire offrait aux membres de la communauté un espace pour identifier les défis qui affectaient leur quotidien, échanger sur leurs expériences et construire ensemble des solutions adaptées à leur réalité.

Contrairement à une séance de sensibilisation classique, le laboratoire plaçait les participants au centre du processus. Ensemble, ils ont identifié les problèmes qui affectaient les familles, analysé leurs causes et recherché des solutions réalistes à expérimenter dans leur propre communauté. À Kiziba, les échanges ont notamment mis en lumière les inquiétudes liées aux grossesses rapprochées, le manque d’informations fiables sur la contraception et les nombreuses rumeurs entourant les méthodes contraceptives.

Pour Sifa, ces discussions ont constitué un tournant.

Les femmes en RDC

« Lorsque j’ai appris qu’il existait un espace où l’on pouvait échanger sur les questions de santé sexuelle et reproductive, je me suis intéressée et j’ai participé aux discussions. Les enseignements reçus m’ont permis de mieux comprendre les différentes méthodes contraceptives, leur importance et leur utilisation. »

Au fil des séances, les couples ont pu poser leurs questions, comparer les différentes options disponibles et réfléchir ensemble aux solutions les mieux adaptées à leur situation. Les décisions sont restées entièrement volontaires : certains couples ont choisi une méthode naturelle basée sur le collier du cycle, tandis que d’autres ont opté pour une méthode contraceptive moderne.

Plus important encore, les discussions ont permis d’ouvrir le dialogue au sein des ménages.

Les couples ont commencé à parler plus librement de leurs besoins, de leurs projets familiaux et des choix liés à l’espacement des naissances. Les visites à domicile et l’accompagnement individualisé assurés par YARH-DRC ont renforcé cette dynamique en permettant aux partenaires de poursuivre les échanges au-delà des séances communautaires.

Pour Sifa, l’apprentissage ne s’est pas arrêté à sa propre expérience.

« Aujourd’hui, je comprends mieux les différentes méthodes. J’ai aussi compris que je pouvais partager ces informations avec d’autres personnes de mon entourage. Ces derniers temps, je partage ce que j’ai appris. »

L’histoire de Sifa et Amisi n’est pas un cas isolé. Deux laboratoires communautaires ont accompagné quatre couples confrontés à différentes problématiques, notamment les grossesses rapprochées et les violences économiques. Malgré des défis différents, un constat commun s’est dégagé : lorsque les familles disposent d’un espace sûr pour discuter de leurs préoccupations, elles sont davantage en mesure d’identifier leurs besoins, de rechercher des solutions et de prendre des décisions ensemble.

Cette expérience a également montré que les communautés elles-mêmes peuvent devenir porteuses de changement. En créant un espace d’écoute, d’apprentissage et de dialogue, les laboratoires ont permis aux participants de dépasser certaines idées reçues et de construire leurs propres réponses aux défis qui affectent leur quotidien.

Comme le souligne un membre de YARH-DRC :

« Les laboratoires communautaires d’apprentissage nous ont permis de créer un espace où les membres de la communauté peuvent se parler librement, partager leurs expériences et chercher ensemble des solutions aux problèmes qui les concernent. »

Groupe de personnes en RDC

L’histoire de Sifa et Amisi est avant tout celle d’un couple qui a trouvé un espace pour poser ses questions, mieux comprendre ses options et prendre des décisions éclairées pour l’avenir de sa famille. Mais elle est aussi celle d’une communauté qui a choisi de faire du dialogue un levier de changement et qui démontre qu’en créant les bonnes conditions d’échange, les solutions les plus durables émergent souvent des communautés elles-mêmes.

Transformer les attitudes pour rendre les écoles plus sûres et inclusives en RDC

Transformer les attitudes pour rendre les écoles plus sûres et inclusives en RDC

Ce blog a été rédigé par Habygaelle Muzie Kimbal Lombo, Patience Lisasi Lisika et Nadia Lobo Jive (Ipas RDC).

Il retrace le processus de développement d’un kit de formation en Clarification des Valeurs et Transformation des Attitudes (CVTA), les principaux apprentissages qui en émergent et leur pertinence pour les dynamiques soutenues par GPE KIX / IDRC.

Inspiré du modèle de Clarification des Valeurs et Transformation des Attitudes (CVTA) et développé par Ipas en 2000 pour aborder les attitudes et croyances stigmatisantes liées à l’avortement, ce kit de formation intégrant les dimensions de genre et d’inclusion est le fruit d’un travail conjoint entre Ipas RDC, Ipas Afrique francophone et Ipas Global, en collaboration avec l’École de Santé Publique de Kinshasa et l’Université Houphouët Boigny.

Conçu pour accompagner la transformation des attitudes et des pratiques des acteurs du système éducatif, ce kit a été développé dans le cadre d’un projet de recherche financé par le Global Partnership for Education – Knowledge and Innovation Exchange (GPE KIX), en partenariat avec le Centre de recherches pour le développement international (CRDI/IDRC). Il vise à répondre aux violences basées sur le genre (VBG) et aux discriminations en milieu scolaire, tout en permettant d’en mesurer l’appropriation et les effets.

Mis en œuvre en République démocratique du Congo (RDC), en Côte d’Ivoire et au Mali, le projet s’inscrit dans un consortium multi pays qui mobilise des solutions portées par les jeunes, ainsi que le recours à la technologie, pour renforcer la sécurité et l’inclusion dans les écoles. Une attention particulière est accordée aux adolescentes enceintes, aux mères adolescentes et aux jeunes non conformes au genre, sur la base de résultats de recherche documentant les violences et discriminations auxquelles ils et elles sont confronté·e·s.

Pourquoi travailler sur les attitudes pour prévenir les violences à l’école ?

En République démocratique du Congo, les violences basées sur le genre (VBG) et les discriminations en milieu scolaire demeurent largement banalisées. Les recherches menées dans le cadre du projet qui comprenait des enquêtes menées auprès de 4 915 élèves du secondaire montrent que la grande majorité des élèves sont exposés à des formes multiples de violences ; en effet, 84% des élèves déclarent avoir été exposés à des intimidations, 76% rapportent avoir subi des châtiments corporels, et 67% des élèves indiquent avoir été confrontés à des violences sexuelles en milieu scolaire. Ces pratiques affectent de manière disproportionnée certains groupes d’élèves, notamment les filles enceintes et mères adolescentes, les élèves vivant avec un handicap et les jeunes non conformes aux normes de genre.

Au-delà des atteintes immédiates à la sécurité et au bien-être des élèves, ces violences compromettent durablement leur maintien et leur réussite scolaires, tout en renforçant les inégalités existantes.

Les limites des réponses institutionnelles actuelles

Face à ces constats, les réponses institutionnelles reposent encore majoritairement sur des cadres normatifs, des politiques ou des sanctions disciplinaires. Si ces leviers sont indispensables, ils demeurent insuffisants lorsqu’ils ne prennent pas en compte les normes sociales, croyances et attitudes qui façonnent, au quotidien, les comportements des enseignants, des directions d’école, des parents et des autorités éducatives.

Ces dimensions immatérielles jouent pourtant un rôle central dans la reproduction — ou, à l’inverse, la prévention — des violences et des discriminations à l’école.

C’est pour répondre à ce manque d’outils opérationnels, reliant données probantes, transformation des attitudes et pratiques concrètes de promotion d’écoles plus sûres et inclusives, mis en évidence par la recherche, qu’un kit de formation intégrant le modèle CVTA a été développé. En créant des espaces structurés de réflexion individuelle et collective, cette approche permet d’interroger les valeurs sous-jacentes aux pratiques éducatives, de rendre visibles leurs effets et d’initier des changements d’attitudes durables.

Une adaptation fondée sur les réalités du milieu scolaire congolais

À partir des résultats de recherche conduites dans les écoles secondaires, le projet a engagé un travail d’adaptation méthodologique approfondi. Les données ont mis en évidence plusieurs tendances structurantes : la persistance des châtiments corporels, la banalisation des violences psychologiques, la stigmatisation des filles enceintes, l’invisibilisation des élèves vivant avec un handicap et les violences ciblant les jeunes non conformes au genre.

Sur cette base, Ipas RDC et ses partenaires ont procédé à une revue critique de la boîte à outils CVTA existante afin d’identifier les exercices les plus pertinents pour le contexte scolaire. Quatre exercices ont été sélectionnés et contextualisés — la progression d’aisance, les quatre coins, pourquoi ont-ils quitté l’école ? et traverser la ligne — avec des contenus reformulés pour refléter les réalités congolaises.

Une co-construction pluridisciplinaire et partenariale

Le développement du kit s’est appuyé sur une co-construction impliquant Ipas RDC, Ipas Afrique francophone et les équipes techniques globales d’Ipas, ainsi que des partenaires académiques, notamment l’École de Santé Publique de Kinshasa et l’Université Houphouët Boigny.

Les adaptations ont mobilisé les cadres méthodologiques d’Ipas, les instruments juridiques nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’enfant, ainsi que des ressources produites par l’UNESCO et l’UNICEF. Ce processus a également mis en évidence le manque de littérature opérationnelle sur les VBG en milieu scolaire, renforçant la valeur ajoutée du kit comme outil de traduction des connaissances vers la pratique.

Mesurer les changements d’attitudes, au-delà des activités

Dès sa conception, le kit a intégré une dimension évaluative, à travers des tests appariés pré- et post-formation permettant de mesurer l’évolution des connaissances, des attitudes et du niveau d’appropriation des thématiques liées au genre, à l’inclusion et aux VBG.

Cette approche renforce la crédibilité du kit en tant qu’outil de capitalisation et d’apprentissage, au-delà d’un simple support de formation.

Former des relais du changement au sein du système éducatif

Afin de favoriser une appropriation durable et de préparer la mise à l’échelle, le projet a adopté une approche de formation des formateurs. Celle-ci a mobilisé des acteurs issus des ministères de l’Éducation et Nouvelle Citoyenneté (division de l’éducation à la vie courante), du Genre, Famille et Enfant, et de la Santé, Hygiène et Prévention (Programme national de la santé des adolescents), ainsi que du corps enseignant, des directions d’école et de la société civile, y compris des organisations représentant les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap.

Pour nombre de participants, cette démarche constituait une première expérience de formation centrée sur l’examen critique de leurs propres valeurs, émotions et pratiques professionnelles.

Premiers effets observés et résistances persistantes

Les premières mises en œuvre ont permis de faire émerger des évolutions notables : une prise de conscience du caractère violent de certaines pratiques longtemps perçues comme normales, une clarification du rôle des enseignants et des comités de parents dans la prévention des violences, ainsi que l’amorce de mécanismes scolaires de prévention et de signalement.

Des résistances persistent néanmoins, notamment autour de l’abandon des châtiments corporels ou de l’acceptation des élèves non conformes au genre, confirmant que la transformation des normes sociales est un processus progressif.

Des enseignements clés pour le réseau GPE KIX

Cette expérience met en lumière plusieurs enseignements transférables pour le réseau GPE KIX :

  • l’importance d’outils reliant explicitement recherche, attitudes et pratiques institutionnelles ;
  • la pertinence d’approches participatives pour aborder des thématiques sensibles ;
  • l’intérêt d’intégrer, dès le départ, des mécanismes d’évaluation des changements d’attitudes.

Les prochaines étapes viseront la mise à l’échelle du kit, le renforcement de la sensibilisation directe des élèves et l’ancrage durable des approches d’écoles sûres et inclusives dans les politiques éducatives.

Un levier stratégique pour des systèmes éducatifs plus inclusifs

Pour Ipas Global, Ipas Afrique francophone et Ipas RDC, ainsi que leurs partenaires universitaires, ce kit constitue un levier stratégique de transformation des systèmes éducatifs, en plaçant la dignité, l’inclusion et la sécurité de chaque élève au cœur de l’action.

Justice pour les femmes en RDC : innovation, redevabilité et droits en santé sexuelle et reproductive

Justice pour les femmes en RDC : innovation, redevabilité et droits en santé sexuelle et reproductive

Depuis plusieurs années, Ipas RDC s’engage dans les espaces régionaux et internationaux de plaidoyer afin d’influencer les cadres juridiques, politiques et institutionnels qui conditionnent l’accès effectif des femmes et des filles à leurs droits en santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo. La Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW) constitue, à ce titre, une plateforme stratégique pour faire avancer l’égalité de genre, la justice sociale et les droits humains.

The canadian delegation

Pour Ipas RDC, la participation à ces fora internationaux constitue un levier stratégique pour influencer les normes globales, soutenir la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo en RDC et renforcer la légitimité des réformes nationales en matière de droits sexuels et reproductifs.

C’est dans cette perspective de plaidoyer et d’influence qu’Ipas RDC a pris part à la 70ᵉ session de la CSW, tenue à New York du 9 au 19 mars 2026, avec une délégation nationale de haut niveau réunissant des représentantes de la justice, du secteur de la santé et de la société civile, sous le patronage de la Ministre du Genre, Famille et Enfant. Les échanges ont réaffirmé l’engagement du gouvernement congolais en faveur de la promotion et de la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles.

Women in DRC

Les discussions ont mis en lumière des avancées concrètes en matière de réformes juridiques et de redevabilité institutionnelle, notamment la formation de plus de 5 000 magistrats, la mise en place de points focaux au sein des juridictions et l’émission d’une circulaire du Conseil supérieur de la magistrature. Ces progrès contribuent à améliorer le traitement judiciaire des dossiers liés à l’avortement et à renforcer la protection des droits des femmes, y compris dans les contextes fragiles et humanitaires.

Toutefois, les participant·es ont souligné que l’existence de cadres juridiques favorables demeure insuffisante sans une meilleure information des communautés, une réduction de la stigmatisation sociale et une application effective des textes. Face à ces défis, Ipas RDC a présenté son approche de construction d’un écosystème durable de l’avortement, visant à renforcer les capacités des acteurs judiciaires et sanitaires, à diversifier les canaux d’accès à l’information et à améliorer la qualité et la redevabilité des services.

Un plaidoyer fort a également été porté en faveur de l’intégration des soins complets d’avortement dans la Couverture Santé Universelle, comme levier essentiel pour réduire durablement la mortalité maternelle. Les données partagées indiquent déjà une baisse des décès liés aux avortements clandestins, bien que les adolescentes et jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans demeurent particulièrement exposées. Enfin, l’importance d’une prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles — médicale, juridique et psychosociale — a été réaffirmée, de même que la nécessité de poursuivre la mobilisation face aux résistances persistantes aux droits sexuels et reproductifs sur la scène internationale.

Group of people in the DRC

À travers sa participation à la CSW70, Ipas RDC réaffirme sa conviction que la réalisation des droits sexuels et reproductifs des femmes repose sur une action coordonnée entre justice, santé et redevabilité institutionnelle, afin de garantir des parcours de soins accessibles, respectueux et durables pour toutes.

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.

Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.

À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.

Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.

Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.

« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner, sans jugement. »

Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.

À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables, de qualité et respectueux des droits.

Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.

L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.

À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.

En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.