Santé et dignité : comprendre et utiliser le Protocole de Maputo en RDC

Santé et dignité : comprendre et utiliser le Protocole de Maputo en RDC

Le Protocole de Maputo constitue l’un des instruments juridiques les plus avancés en matière de droits des femmes en Afrique. Cette brochure pratique explique ses implications en République démocratique du Congo, les droits qu’il garantit en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les avancées et défis liés à sa mise en œuvre. Un outil essentiel pour mieux comprendre, promouvoir et faire valoir les droits des femmes et des filles.

Élargir l’accès aux soins complets d’avortement à travers la CSU en RDC

Élargir l’accès aux soins complets d’avortement à travers la CSU en RDC

En République démocratique du Congo (RDC), l’avortement fait partie de la réalité vécue par de nombreuses femmes et filles. Chaque année, un nombre important de grossesses non désirées se terminent par des pratiques réalisées en dehors du système de santé formel, souvent dans des conditions qui exposent les femmes à des complications graves.

En effet, les complications liées aux avortements non sécurisés figurent parmi les causes majeures de morbidité et de mortalité maternelles. Elles traduisent des inégalités persistantes en matière d’accès à l’information, aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) et aux ressources financières. Les adolescentes, les femmes en situation de vulnérabilité ou vivant dans des zones affectées par les conflits sont les plus exposées.

Pendant longtemps, les soins complets d’avortement centrés sur la femme (SCACF) ont été considérés comme secondaires dans les priorités du système de santé. Cette situation a contribué à retarder l’accès aux soins, à alourdir les coûts pour les familles et à accroître la pression sur les services de santé déjà fragilisés.

La délégation canadienne

La CSU : un tournant stratégique pour le système de santé congolais

La Couverture Santé Universelle (CSU) vise à garantir à toute la population congolaise l’accès à des soins et services de santé essentiels, de qualité, sans risque d’appauvrissement lié aux paiements directs des soins. En RDC, le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2016–2020, recadré en PNDS 2019–2022 et intitulé « vers la couverture santé universelle », a constitué le socle de réflexion et d’orientation ayant conduit à l’adoption du Plan Stratégique National pour la Couverture Santé Universelle (PSN‑CSU) 2020–2030, lequel constitue aujourd’hui le cadre de référence des réformes du système de santé.

Mais au-delà de son ambition technique, la CSU incarne un choix politique fort : celui de placer l’équité, la justice sociale et les droits humains au cœur des politiques de santé. Elle offre une opportunité unique de corriger les inégalités structurelles qui excluent encore de nombreuses femmes de services essentiels de SSR.

Dans ce contexte, l’intégration des SCACF ne relève pas uniquement d’un enjeu programmatique — elle constitue une condition essentielle pour que la CSU tienne sa promesse d’universalité.

Néanmoins, leur intégration formelle dans les dispositifs nationaux de mise en œuvre de la CSU reste limitée, ce qui affecte la portée inclusive des politiques de santé en faveur des femmes et des filles. C’est ce constat partagé qui a progressivement fait émerger un consensus : la CSU ne peut atteindre ses objectifs sans inclure pleinement les SCACF dans son paquet de services essentiels.

Du constat à l’action : Un plaidoyer pour des politiques plus inclusives

C’est dans ce contexte qu’a débuté, en octobre 2024, la mise en œuvre des actions de plaidoyer, sous le leadership du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR) et avec l’appui de Ipas RDC. Ce processus a été lancé par une première rencontre avec les autorités de la CSU, notamment le Directeur de l’Agence de Régulation et de Contrôle de la Couverture Santé Universelle (ARC‑CSU), autour du mécanisme de fonctionnement de la CSU et de l’intégration des SCACF au sein de celle‑ci.

Ce travail collectif a permis de repositionner les SCACF comme un service essentiel de santé publique, soutenu par des données probantes et des besoins réels exprimés au niveau communautaire.

Plusieurs avancées clés ont déjà été enregistrées :

  • la reconnaissance des SCACF comme faisant partie intégrante du continuum de soins en SSR ;
  • un avis favorable à leur intégration progressive dans le paquet de services essentiels de la CSU ;
  • la recommandation de mise en place d’un cadre technique multisectoriel pour accompagner ce processus.

Ces avancées marquent un tournant : la question n’est plus de savoir si les SCACF doivent être intégrés, mais comment le faire de manière progressive, cohérente et durable, au service de la santé et de la dignité des femmes et des filles.

Les femmes en RDC
Les femmes en RDC

Transformer l’opportunité politique en impact réel pour les femmes et les filles

L’avis favorable à l’intégration des SCACF dans la CSU constitue une étape déterminante, mais il ne marque pas la fin du processus. L’enjeu désormais est clair : passer de l’engagement politique à la mise en œuvre effective, de manière progressive, mesurable et équitable.

Cela implique notamment :

  • d’intégrer pleinement les SCACF dans les mécanismes de financement de la CSU ;
  • de renforcer les capacités des prestataires afin d’assurer des soins de qualité, respectueux et adaptés aux besoins des adolescentes et des jeunes ;
  • de mettre en place des systèmes de suivi permettant de mesurer l’impact réel de cette intégration sur la santé et le bien-être.

Au-delà des aspects techniques, cette intégration représente une transformation structurelle : elle reconnaît que les besoins en matière d’avortement font partie des réalités de santé publique et doivent être pris en compte dans des systèmes de santé équitables et inclusifs.

Une avancée décisive pour les droits et la santé des femmes

Pour Ipas RDC, l’intégration des SCACF dans la CSU s’inscrit au cœur d’un objectif plus large : garantir que chaque femme et chaque fille puisse exercer pleinement son droit à l’autonomie corporelle et accéder à des services de SSR sûrs, accessibles et respectueux.

Elle représente une opportunité stratégique de transformer des engagements normatifs en accès réel aux soins — et de rapprocher le système de santé des besoins vécus par les femmes.

En RDC, la question n’est plus de savoir si ces besoins existent, mais de s’assurer que les politiques publiques y répondent de manière équitable, durable et fondée sur les droits.

Groupe de personnes en RDC
Dialogue national sur les droits à la santé sexuelle et reproductive en RDC : un levier stratégique pour l’autonomie corporel des femmes

Dialogue national sur les droits à la santé sexuelle et reproductive en RDC : un levier stratégique pour l’autonomie corporel des femmes

Organisé à Kinshasa en octobre 2025 par le ministère de la Santé, en partenariat avec Ipas RDC et rendu possible grâce au financement du FCDO dans le cadre du projet WISH2, le deuxième dialogue national sur la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive a rassemblé les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et la société civile, renforçant la collaboration entre les partenaires internationaux et les institutions nationales.

Quatre ans après la première édition de 2021, cette rencontre a marqué une étape décisive dans l’évolution des politiques et pratiques liées à l’avortement sécurisé en République Démocratique du Congo, en permettant d’évaluer les progrès accomplis, de mettre en évidence les défis persistants et de consolider une vision commune centrée sur l’autonomie corporelle et la dignité des femmes

The canadian delegation

Évaluer les progrès dans un contexte en transformation

Dans un environnement marqué par une forte stigmatisation de l’avortement, des interprétations juridiques restrictives et un engagement politique inégal, la tenue d’une seconde évaluation ne relevait pas d’un simple exercice de suivi. Elle répondait à une nécessité stratégique. Depuis 2021, l’écosystème de l’avortement et de la contraception en RDC a évolué dans un contexte instable, influencé à la fois par les priorités changeantes de l’agenda national et par une montée régionale et mondiale de discours conservateurs et anti‑droits.

Face à ces dynamiques parfois contradictoires, il était essentiel de disposer de données actualisées et objectives pour apprécier non seulement les progrès réalisés, mais aussi la résilience de l’écosystème. Cette seconde évaluation visait ainsi à éclairer l’action publique et le plaidoyer, à renforcer l’appropriation institutionnelle des enjeux et à consolider une vision commune fondée sur les droits, la santé et la dignité des femmes et des jeunes filles.

De l’état des lieux à l’objectivation du changement

Le premier dialogue national, organisé en 2021, a constitué une étape fondatrice. Pour la première fois en RDC, un diagnostic partagé de l’écosystème de l’avortement et de la contraception a permis de mettre en lumière les principaux goulets d’étranglement : faible connaissance des droits reproductifs, stigmatisation persistante, fragmentation des interventions et cadre institutionnel encore peu opérationnel malgré l’adhésion au Protocole de Maputo. Cet exercice a également ouvert un espace de dialogue inédit entre institutions publiques, partenaires techniques et société civile.

Women in DRC

Quatre ans plus tard, la seconde évaluation marque un changement d’ambition. Il ne s’agissait plus seulement de constater les écarts, mais d’objectiver les transformations engagées, d’identifier les domaines ayant progressé, stagné ou reculé, et d’orienter plus finement les choix stratégiques à venir. En mobilisant l’outil d’évaluation de l’écosystème durable de l’avortement et de la contraception, les parties prenantes ont pu passer d’un diagnostic initial à une lecture dynamique de l’évolution de l’écosystème, au service d’une action plus ciblée, cohérente et redevable.

Entre 2021 et 2025, l’écosystème est passé d’un état embryonnaire à une transformation mesurable, bien que fragile. L’analyse comparative des scores met en évidence des avancées notables dans certaines composantes, notamment l’accès à l’information et la mobilisation de ressources financières. Ces progrès témoignent d’une dynamique positive et d’une meilleure structuration des acteurs.

Cependant, plusieurs domaines clés connaissent une stagnation, voire une régression. Les normes sociales demeurent fortement marquées par des tabous, tandis que le soutien et le leadership politiques pâtissent d’un manque de continuité dans la mise en œuvre des recommandations. Le personnel et les services restent confrontés à des défis structurels, notamment l’insuffisance de formations adaptées, les réticences de certains prestataires et la pénurie de ressources humaines spécialisées. Cette dynamique contrastée rappelle que les avancées obtenues restent vulnérables sans un engagement politique et social renforcé.

 

A member of the canadian delegation

Le processus du dialogue et le leadership institutionnel

Women in DRC

Au‑delà des résultats, le deuxième dialogue national s’est distingué par la rigueur de son processus et par le leadership affirmé des institutions publiques. Organisé sur trois jours, il a permis une concertation structurée et une co‑construction des priorités, ancrées dans les orientations nationales. Le ministère de la Santé a joué un rôle central, tant par l’implication du ministre que par la présidence du processus assurée par le Secrétaire général à la Santé et l’engagement actif du Programme national de la santé de la reproduction (PNSR).

S’exprimant lors de l’ouverture, la Directrice du PNSR, Dr Anne‑Marie NTUMBA, a souligné la portée de cette démarche institutionnelle :

 « Ce dialogue s’inscrit dans une dynamique qui vise à promouvoir la santé et le bien‑être de toutes les femmes et jeunes filles de notre pays. Conformément à notre engagement institutionnel et interventionnel concernant le Protocole de Maputo, nous savons que les avortements non sécurisés restent l’une des causes principales des décès maternels dans notre pays. Il est de notre devoir de réfléchir afin d’offrir des services sûrs, de qualité et accessibles à tous ceux qui en ont besoin. »

Women in DRC

Les voix pour éclairer l’action

Les échanges ont également été nourris par des prises de parole fortes issues de la société civile et des professionnels de terrain. Mme Marie‑Chantal, magistrate et membre de l’Association des Femmes Magistrates du Congo (AFEMAC), a insisté sur la nécessité d’harmoniser les textes législatifs afin de transposer pleinement le Protocole de Maputo dans le droit national. De son côté, le Dr Berry Kikenda, de la Société Congolaise des Gynécologues Obstétriciens (SCOGO), a appelé à renforcer la sensibilisation communautaire pour briser les tabous persistants autour de l’avortement.

Vers une feuille de route pour l’autonomie corporelle des femmes

En définitive, ce deuxième dialogue national a contribué à repositionner l’État comme acteur clé de la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive, tout en renforçant l’accès à l’information et la coordination entre acteurs. Il a permis de faire évoluer le débat au‑delà d’une approche strictement technique, vers une vision résolument fondée sur les droits, la dignité et la responsabilité publique.

Group of people in the DRC

À l’issue des travaux, les parties prenantes se sont accordées sur la mise en œuvre d’une feuille de route 2025‑2028, qui sera portée par le Groupe de travail des soins complets d’avortement et de contraception centrés sur la femme, rattaché au ministère de la Santé. Ce cadre assurera le suivi, le plaidoyer et la coordination des actions, avec l’appui continu d’Ipas RDC, afin de transformer les constats en avancées durables pour la santé et l’autonomie corporelle des femmes en RDC.

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.

Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.

À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.

Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.

Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.

« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner, sans jugement. »

Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.

À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables, de qualité et respectueux des droits.

Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.

L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.

À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.

En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.

Mon corps, Ma décision ! Le parcours de Matondo

Mon corps, Ma décision ! Le parcours de Matondo

Dans plusieurs cultures, donner naissance est perçu comme un symbole de joie et de bénédiction. Pourtant, cette joie peut s’éteindre lorsque l’un des conjoints se désengage et refuse d’assumer la grossesse, laissant la femme seule face aux responsabilités et à un profond déséquilibre psychologique et social. 

Cette réalité vécue par de nombreuses femmes, confrontées au désengagement de leur conjoint, reflète un problème plus large en République démocratique du Congo, où l’accès limité aux méthodes de planification familiale accentue leur vulnérabilité face aux grossesses non désirées. 

En République démocratique du Congo, la prévalence d’utilisation des méthodes contraceptives modernes reste faible : seulement 10,9 % des femmes en union y ont recours (EDS 2023/2024). Plus alarmant encore, 32 % des femmes mariées ou en union souhaitant espacer ou limiter les naissances n’ont pas accès aux méthodes de planification familiale de leur choix. En 2024, la demande satisfaite en planification familiale n’était que de 21 %. 

Le parcours de Matondo

Matondo (nom d’emprunt), âgée de 26 ans, est une mère célibataire d’une petite fille de 4 ans. Elle s’est retrouvée enceinte sans le savoir, car son cycle menstruel est irrégulier.

Women discussing healthcare

« « Mon cycle menstruel est irrégulier, et si je dis savoir calculer mon cycle, ce serait un mensonge : je ne sais pas le faire »« 

confie-t-elle.

Lorsqu’elle découvre sa grossesse à deux mois, elle est stupéfaite : le premier mois, elle avait encore ses menstrues. Son conjoint refuse de reconnaître la grossesse et l’abandonne. Elle se sent incapable de laisser évoluer la grossesse, partagée entre la pression sociale, la peur de l’avenir et l’absence totale de soutien du père de l’enfant. 

« J’avais des pensées multiples concernant cette grossesse. Je me questionnais sur ma capacité à prendre en charge l’enfant à naître, d’autant plus que je vivais chez ma tante. J’étais perdue dans mes réflexions, c’est ainsi que j’ai décidé de venir au Centre d’Excellence au sein de la Maternité de Kintambo »

Avortement sécurisé et Protocole de Maputo 

Avant l’adhésion de la RDC au Protocole de Maputo en 2018, de nombreuses femmes n’avaient aucun moyen d’accéder à un avortement sûr et encadré. Elles étaient contraintes de recourir à des pratiques clandestines et précaires, les exposant à de graves complications telles que des infections, des hémorragies ou même le décès. 

Le Protocole de Maputo, additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, reconnaît le droit des femmes à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive. Son article 14 oblige les États à autoriser l’avortement médicalisé dans certains cas : viol, inceste, danger pour la santé physique ou mentale de la mère, ou malformation grave du fœtus. 

L’accompagnement de la cliente 

Dans le cas de Matondo, la sage‑femme qui l’a prise en charge a souligné l’importance de son état psychologique. 

« En la recevant, Matondo était très affectée mentalement. Elle se trouvait face à une situation qu’elle n’arrivait pas à gérer », explique Mme Aimée Olenga. « Matondo m’a confié qu’elle voyait deux options : soit recourir à l’avortement, soit mettre fin à ses jours. » 

Women in DRC

Après l’intervention, Matondo confie que tout s’est bien passé et qu’elle se sent désormais apaisée. Mme Aimée Olenga rappelle que l’accompagnement psychologique est une étape essentielle, car il permet aux patientes de retrouver confiance en elles et de se projeter sereinement dans l’avenir. 

Le rôle d’Ipas RDC 

L’expérience de Matondo illustre combien l’accès à des soins respectueux, fondés sur les droits et la dignité, dépend d’un environnement de santé solide et bien structuré.

Ipas RDC œuvre à la construction d’un écosystème d’avortement durable afin de permettre aux femmes d’exercer pleinement leurs droits en santé sexuelle et reproductive. Dans ce cadre, l’organisation soutient la mise en œuvre des soins complets d’avortement centrés sur la femme (SCACF) en renforçant le système de santé, en particulier les capacités des prestataires de soins.

L’écoute active, le soutien émotionnel et le counseling respectueux relèvent de l’approche fondée sur les droits humains et la qualité des soins promue par Ipas, qui encadre la manière dont les services sont délivrés. La planification familiale s’inscrit comme une composante essentielle du continuum de santé et de droits sexuels et reproductifs.

 

Women discussing healthcare
Women discussing healthcare
Women discussing healthcare

Avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment le Royaume des Pays-Bas, le Canada et la Suède, Ipas a mis en place un réseau de centres d’excellence en RDC (Kinshasa, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo, et Tshikapa). Ces investissements structurants renforcent durablement l’accès des femmes et des jeunes filles à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, contribuant concrètement à la réduction de la morbi-mortalité maternelle et à la réalisation de leurs droits. 

Ces centres offrent des services sécurisés d’avortement et de planification familiale, réduisant ainsi les risques liés aux pratiques clandestines et améliorant la prise en charge des femmes et adolescentes.