La ligne verte 122 : un outil de protection et de référencement sans discrimination des survivantes de VBG

La ligne verte 122 : un outil de protection et de référencement sans discrimination des survivantes de VBG

L’adhésion de la République démocratique du Congo au Protocole de Maputo, relatif aux droits des femmes en Afrique, a suscité beaucoup d’espoir pour des millions de femmes et de jeunes filles congolaises. Le gouvernement a pris des mesures pour transformer cet acquis historique en services tangibles, accessibles sans stigmatisation ni rejet. Les normes et directives des soins complets d’avortement centrés sur la femme, élaborées par le ministère de la santé à travers le Programme national de santé de la reproduction avec l’appui d’Ipas RDC et de la société civile, marquent une étape cruciale dans la mise en œuvre du Protocole.

Malgré ces avancées, l’efficacité réelle des services restait incertaine. Les contradictions entre le Protocole et la législation nationale, la stigmatisation persistante et la crainte des clientes d’être arrêtées freinaient l’accès. Garantir des voies sûres et durables vers l’information adaptée au contexte local demeurait un défi majeur.  

C’est dans ce cadre qu’Ipas RDC, en collaboration avec la Coordination en charge de la jeunesse et de la lutte contre les violences basées sur le genre au sein du Cabinet du Président de la République, a renforcé la ligne verte nationale. Celle-ci permet aux survivantes de dénoncer les violences sexuelles et basées sur le genre, de solliciter une assistance d’urgence et de bénéficier d’une prise en charge médicale spécialisée. L’extension de la ligne 122 vers les Centres d’Excellence de Kintambo et Makala offre désormais la possibilité d’être directement connectée à une sage-femme ou à un médecin, traduisant les lois progressistes en services concrets. 

Dans sa mission de protection et de promotion des droits sexuels et reproductifs, Ipas RDC a formé douze agents du call center à Kinshasa. Pendant quatre jours, ils ont appris l’écoute active pour une prise en charge respectueuse, la communication sur le Protocole de Maputo et l’avortement sécurisé, le référencement sans discrimination vers les services médicaux, psychosociaux et juridiques, ainsi que la clarification des valeurs et attitudes face à l’avortement. À l’issue de cette formation, les agents se sont engagés à respecter les droits sexuels et reproductifs et à orienter les clientes vers les centres d’excellence. 

Avec l’appui du fond suédois, Ipas RDC soutient l’expansion de la ligne 122 afin de renforcer l’accessibilité des services pour les survivantes, accroître son utilisation par les communautés et répondre plus efficacement aux besoins urgents des survivantes de violences basées sur le genre. 

Face à la recrudescence des violences en République Démocratique du Congo, la Présidence et le ministère du Genre, Famille et Enfant ont mis en place cette ligne téléphonique gratuite pour signaler en toute sécurité les cas de violences sexuelles, domestiques, d’exploitation ou d’abus. Le 122 constitue aujourd’hui un mécanisme essentiel pour orienter les victimes, témoins ou proches vers une prise en charge rapide et adaptée. Son objectif est de garantir un accès immédiat et confidentiel aux survivantes, de faciliter leur référencement vers les structures compétentes et de promouvoir une réponse coordonnée et holistique aux besoins des victimes. 

Faire le lien entre politiques et pratiques : comment les mécanismes de responsabilisation communautaire garantissent l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive en RDC

Faire le lien entre politiques et pratiques : comment les mécanismes de responsabilisation communautaire garantissent l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive en RDC

Obtenir des lois progressistes, telles que le Protocole de Maputo, constitue une étape importante dans la réalisation des droits sexuels et reproductifs. La transformation de ces lois progressistes en services tangibles, équitablement accessibles sans stigmatisation, sans surfacturation ni rejet, est un parcours qui exige une appropriation locale et des mécanismes de redevabilité communautaire efficaces.

Depuis la publication du Protocole de Maputo au Journal officiel de la RDC, faisant de ce dernier une loi applicable dans le pays, Ipas RDC travaille sans relâche avec le ministère de la Santé pour rendre possible l’offre de services d’avortement sécurisé.

Au-delà des progrès réalisés par le ministère de la Santé dans le développement des normes et directives, des stratégies et modules de formation des prestataires et dans la disponibilisation des commodités dont le Mifepack, l’accès réel aux services d’avortement sécurisé demeure un véritable défi pour les femmes, en particulier les adolescentes et les jeunes filles.

Les voies d’accès restent parsemées de barrières et le système de santé n’est pas non plus à l’abri de la stigmatisation des clientes, du rejet et des jugements, particulièrement pour les adolescentes, les jeunes et les personnes vivant avec handicap.

Conscient de ces défis, Ipas RDC a intégré depuis 3 ans le renforcement des mécanismes de redevabilité communautaire, tirant profit des structures établies par le ministère de la Santé au niveau local : le Comité de Développement des aires de Santé, le « CODESA » en sigle.

Rôle et fonctionnement des CODESA

Les comités de développement des aires de santé (CODESA) sont des structures communautaires mises en place au niveau des zones de santé pour renforcer la participation de la communauté dans la gestion et l’amélioration des services de santé. Ils regroupent des leaders communautaires, des femmes et des jeunes, ainsi que d’autres acteurs clés, et jouent un rôle central dans la mobilisation communautaire, le plaidoyer local et le suivi des services de santé.

Ils constituent un pont entre la communauté et les structures sanitaires, en facilitant le dialogue, en relayant les préoccupations des populations et en soutenant les initiatives visant à améliorer la qualité et l’accessibilité des soins.

Apport d’IPAS

Ipas RDC accompagne les CODESA à travers, premièrement, le renforcement des capacités de leurs membres sur la santé sexuelle et reproductive, l’avortement sécurisé, la planification familiale et la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre (VBG), afin d’améliorer leur compréhension et leur rôle dans la promotion de ces services. Ensuite, pour améliorer leur fonctionnement et leur coordination avec les zones de santé ; et enfin, Ipas soutient les CODESA dans les activités de sensibilisation communautaire et de plaidoyer, visant à réduire la stigmatisation, briser les barrières socioculturelles et favoriser l’intégration et l’utilisation des services d’avortement sécurisé, de contraception et de prise en charge des survivantes de VBG.

C’est dans cette même optique que s’est tenue, le 22 janvier 2026, dans la Zone de santé de Kimbanseke, l’installation officielle du bureau du Comité de Développement des aires de Santé (CODESA) avec l’appui financier et technique de Ipas, grâce au financement des Affaires mondiales canadiennes (GAC). M. Patience Lisika, Conseiller en mobilisation communautaire chez Ipas, a souligné que trois éléments clés assurent la durabilité des interventions en santé : la redevabilité communautaire, la participation citoyenne et la collaboration entre la communauté et les systèmes de santé.

Ces élections du président de CODESA constituent une étape importante dans le renforcement du système de santé communautaire et de la participation citoyenne dans la gestion des services de santé. La cérémonie s’est tenue à la maison communale de Kimbanseke, en présence des autorités politico-administratives et sanitaires, notamment le Bourgmestre de la commune, le Médecin Chef de Zone (MCZ), le Chef de Division (CD), ainsi que d’autres parties prenantes.

Le Bourgmestre de la commune de Kimbanseke, M. Ngonga Kidumu Jeancy, a salué la mobilisation des communautés et souligné l’importance du CODESA comme cadre de gestion et de promotion de la santé, servant de pont entre les services de santé et la communauté. Il a exhorté le président et son bureau à collaborer étroitement avec les autorités sanitaires, les infirmiers titulaires et les leaders communautaires, et a réitéré l’engagement de la commune à accompagner toute initiative visant le bien-être de la femme et de la jeune fille.

Ce processus électoral a débuté le 23 décembre dernier dans les 11 aires de santé de la Zone de santé de Kimbanseke, avec l’élection des présidents des CODESA (Présicodesa) par les relais communautaires, représentants des communautés locales.

À l’issue de cette première étape, les 11 Présicodesa élus ont procédé à l’élection du bureau de l’Union des CODESA (UCODESA), organe de coordination et de représentation communautaire au niveau de la zone de santé. À l’issue du scrutin, Monsieur David Makele a été élu président de l’UCODESA et officiellement installé avec son bureau, composé des 11 Présicodesa représentant les différentes aires de santé de Kimbanseke, ce jeudi 22 janvier 2026.

Le président élu de l’UCODESA a exprimé sa gratitude pour la confiance accordée et s’est engagé à travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires, les leaders communautaires et les partenaires, afin de renforcer les liens entre la communauté et les systèmes de santé et de faciliter l’accès aux soins.

Cet appui de Ipas s’inscrit dans le cadre d’une avancée significative pour le système de santé, marquant le renforcement d’un mécanisme structuré de participation communautaire, essentiel pour favoriser la confiance entre les populations et les structures de santé.

Publication des normes et lignes directrices de la CAC

Publication des normes et lignes directrices de la CAC

Ipas RDC propose une nouvelle vision de la République démocratique du Congo (RDC) où chaque femme, indépendamment de sa classe sociale et ethnique, a le potentiel d’atteindre tous ses objectifs sociaux, culturels, économiques et politiques.

Ipas RDC travaille en collaboration avec des partenaires locaux pour éduquer toutes les parties prenantes pertinentes, y compris les femmes et les communautés, sur le droit nouvellement élargi des femmes à accéder à un avortement sûr.

En collaboration avec le ministère de la santé et des partenaires clés, nous avons contribué à l’élaboration de nouvelles normes et lignes directrices pour des soins complets en matière d’avortement qui s’alignent sur le protocole de Maputo et nous nous efforçons maintenant de veiller à leur mise en œuvre complète. Nous formons également les prestataires de soins de santé pour qu’ils puissent offrir des soins en matière d’avortement et de contraception, et nous nous associons aux organisations communautaires et aux agents de santé communautaires pour veiller à ce que les femmes et les jeunes filles aient accès à ces services.

20ème anniversaire du Protocole de Maputo

20ème anniversaire du Protocole de Maputo

Célébration du 20e anniversaire du protocole de Maputo : Changer la trajectoire des droits de la femme en RDC
Le Protocole de Maputo est un instrument juridique novateur, élaboré, signé et adopté par les États africains afin de protéger et de promouvoir les droits des femmes africaines, ce qui en fait un texte unique en son genre. Vingt ans après son adoption à Maputo, au Mozambique, la transposition du Protocole de Maputo en droit interne en République démocratique du Congo a été remarquable : de sa publication au Journal officiel en 2018 à l’élaboration de normes et de lignes directrices exhaustives en matière de soins liés à l’avortement, parmi bien d’autres avancées, les progrès réalisés à ce jour méritent d’être salués et sont porteurs d’espoir pour l’avenir des femmes congolaises.

Le 11 juillet 2023, sous l’égide du président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, le ministère de l’Égalité des sexes a organisé une cérémonie historique pour marquer le 20e anniversaire du Protocole de Maputo. Cette célébration a réuni des acteurs clés tels que le ministre des Droits de l’Homme, le ministre de la Jeunesse, des représentants du ministère de la Santé, le chef de cabinet du président, le secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature, des parlementaires, l’ambassadeur du Canada et des représentants du corps diplomatique (Suède, Norvège, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni), les forces de police et l’armée, des organisations internationales, des médias sensibles à la dimension de genre, des chercheurs, des acteurs du monde juridique, des jeunes, des femmes, des organisations de la société civile et des responsables communautaires. L’objectif de cet événement était de célébrer et de reconnaître l’appropriation de cet instrument par le pays ainsi que les progrès réalisés au cours des vingt dernières années dans la transposition du Protocole de Maputo dans le droit national, de mettre en avant le travail novateur et les contributions des défenseurs de cette cause, et de réfléchir à l’avenir tout en discutant de solutions transposables à plus grande échelle, offrant des résultats durables qui renforcent les droits des femmes dans le pays et au-delà. « La forte mobilisation du gouvernement ainsi que de la présidence pour cette célébration est remarquable ; ces dirigeants ont coanimé des tables rondes et ont parlé sans détour de la responsabilité du gouvernement dans la création d’un environnement propice aux droits des femmes, y compris le droit à l’avortement », a déclaré Gisele Kapinga, Haut-Commissaire à la Commission nationale des droits de l’homme.

Ministres, directeur du cabinet du président, partenaires et donateurs

Les ministres, le directeur de cabinet du président, les partenaires et les donateurs. Cette célébration a été marquée par des déclarations fortes du gouvernement, des parlementaires, des leaders de la société civile et des principaux activistes des droits de la femme.

« Les femmes dans notre pays sont victimes de grandes injustices depuis leur naissance, le protocole de Maputo nous permet de nous attaquer à ces inégalités et de construire des solutions durables pour réparer ces injustices historiques » a déclaré S.E. Fabrice Mpuela, Ministre des Droits de l’Homme, alors qu’il co-présidait le panel d’ouverture avec le Ministre de la Jeunesse, le Directeur de Cabinet du Président de la RDC, et le Directeur Pays d’Ipas RDC.
« Le fait que les femmes se voient refuser l’accès à un avortement pratiqué dans des conditions sûres ne signifie pas qu’elles ne recourront pas à l’avortement ; cela signifie simplement qu’elles le feront dans des conditions dangereuses, au péril de leur vie », a déclaré la députée et présidente de la Commission permanente sur l’égalité des sexes, l’honorable Christelle Vuanga, qui a appelé toutes les parties prenantes, y compris celles du système de santé et du système judiciaire, à établir un dialogue et à travailler ensemble pour garantir que les femmes aient accès à un choix sûr sans craindre d’être emprisonnées.

L’étude sur l’impact de la transposition du Protocole de Maputo, menée par l’École de santé publique de l’Université de Kinshasa en collaboration avec l’Ipas et le ministère de la Santé, et présentée lors de cet événement, a mis en évidence les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre sur le terrain, notamment au sein des systèmes judiciaire et sanitaire.

Lors de son discours d’ouverture, S.E. Benoît-Pierre Laramée, Ambassadeur du Canada en République Démocratique du Congo, a déclaré : « Je suis convaincu que la pleine mise en œuvre de ce protocole renforcera l’autonomie corporelle des femmes et des filles en RDC, améliorera leur bien-être et leur autonomisation socio-économique ».
Ce message a été fermement soutenu par le secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature, qui a souligné que le système judiciaire avait pris toutes les mesures nécessaires pour garantir aux femmes l’accès à l’ensemble des dispositions du Protocole de Maputo, y compris les soins d’avortement en toute sécurité.

En réfléchissant aux prochaines étapes avec des organisations de la société civile telles que le Mouvement Youth Sprint, l’Association des femmes juristes et leurs partenaires (DKT, MSI et Ipas) sur ce que les vingt prochaines années réservent à l’avenir des femmes et des filles congolaises ; ces militantes ont appelé l’ensemble des parties prenantes et des bailleurs de fonds à accélérer la mise en œuvre intégrale du Protocole de Maputo en révisant le code pénal et toutes les autres lois qui font obstacle aux droits des femmes. L’engagement fervent de diverses parties prenantes en faveur de la mise en œuvre du Protocole de Maputo et du droit à l’avortement dans des conditions sûres en RDC donne à Ipas et à ses partenaires, qui mènent ce combat, un espoir renouvelé et la motivation nécessaire pour faire en sorte que les promesses du Protocole de Maputo deviennent une réalité pour les femmes et les filles de toute la RDC.

S.E. Antoinette Kipulu, ministre de la formation professionnelle et des métiers, lors de son discours d'ouverture.
S.E. Antoinette Kipulu, ministre de la formation professionnelle et des métiers, lors de son discours d’ouverture.