Quand des services de santé de qualité permettent aux adolescentes de choisir leur avenir

Quand des services de santé de qualité permettent aux adolescentes de choisir leur avenir

« Je ne voulais pas que ma fille vive la même histoire que moi »

À chaque fois que Buzima regarde sa fille de 15 ans, elle repense à l’adolescente qu’elle était autrefois.

À 16 ans, sa vie a basculé à la suite d’une violence sexuelle qui a entraîné une grossesse précoce. Du jour au lendemain, elle a dû abandonner ses études et faire face à la stigmatisation, au rejet et à de nombreuses difficultés sociales et économiques. Sans soutien, elle a élevé seule son enfant tout en portant le poids des épreuves vécues durant son adolescence. Pendant de nombreuses années, une même inquiétude l’a accompagnée : Et si ma fille connaissait le même destin ?

Lorsque sa fille est entrée dans l’adolescence, Buzima a senti renaître une inquiétude qu’elle portait depuis longtemps. Déterminée à éviter que son enfant ne revienne sur ses propres pas, elle a choisi de partager avec elle son histoire et les leçons tirées de son vécu.

« En repensant à mon parcours, j’ai craint qu’elle ne vive les mêmes épreuves. Je ne voulais pas qu’elle connaisse les souffrances que j’avais traversées ni voir son avenir compromis comme le mien l’avait été. »

Au fil de leurs conversations, la fille de Buzima a commencé à s’intéresser aux moyens de protéger sa santé et d’éviter une grossesse non désirée. Souhaitant obtenir des informations et des conseils, elle s’est rendue dans une structure de santé. Mais au lieu de recevoir le soutien qu’elle espérait, elle en est repartie découragée. Pour de nombreuses adolescentes, une telle expérience aurait suffi à les dissuader de chercher à nouveau de l’aide.
« Lorsqu’elle est rentrée après sa première visite, j’ai eu peur qu’elle abandonne sa démarche. Pourtant, il était important pour moi qu’elle puisse recevoir les informations et les services dont elle avait besoin. »

Au centre de santé de Gikomero, l’expérience a été tout autre. Mère et fille ont été accueillies avec respect et bienveillance. Les prestataires de santé ont pris le temps de les écouter, de répondre à leurs questions et de les accompagner dans la compréhension des différentes options qui s’offraient à elles. Grâce aux informations reçues, la fille de Buzima a pu faire un choix éclairé et opter pour une méthode contraceptive adaptée à ses besoins.

Pour Buzima, cette visite représentait bien plus qu’un simple accès à un service de santé. Elle lui apportait la certitude que sa fille aurait des opportunités qu’elle-même n’avait jamais eues : la possibilité de protéger sa santé, de poursuivre ses études et de construire l’avenir qu’elle choisit.

Lorsque la qualité des soins fait la différence

L’histoire de Buzima est profondément personnelle, mais les défis auxquels elle a été confrontée sont partagés par de nombreuses filles au Burundi.

Comme Buzima, des milliers d’adolescentes se heurtent à des obstacles qui limitent leur santé, leur éducation et leurs perspectives d’avenir. Les grossesses précoces demeurent une réalité préoccupante, en particulier pour les jeunes filles qui n’ont pas toujours accès à des informations fiables ni à des services de santé adaptés à leurs besoins.

Les données nationales illustrent l’ampleur du défi. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS), les femmes burundaises ont leurs premiers rapports sexuels à l’âge moyen de 19,6 ans, soit plus de trois ans avant les hommes. Près d’une femme sur quatre se marie avant l’âge de 18 ans, une proportion huit fois plus élevée que chez les hommes. Parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans qui ne sont pas en union, 34 % utilisent une méthode contraceptive moderne, tandis que 6 % sont déjà mères et 2 % sont enceintes au moment de l’enquête.

Derrière ces statistiques se cachent des histoires similaires à celle de Buzima : des jeunes filles contraintes d’abandonner leurs études, confrontées à la stigmatisation ou privées de la possibilité de réaliser pleinement leurs aspirations.

Les répercussions sur l’éducation sont particulièrement importantes. Selon le Rapport final sur les grossesses en milieu scolaire de 2023, plus de 2 000 jeunes filles abandonnent l’école chaque année en raison d’une grossesse. Au cours de l’année scolaire 2022–2023 seulement, 879 élèves ont quitté l’école pour cette raison. Pour beaucoup d’entre elles, une grossesse signifie non seulement l’interruption de leur parcours scolaire, mais aussi une réduction durable de leurs opportunités économiques et sociales.

Pourtant, l’histoire de Buzima montre qu’un autre avenir est possible.

Lorsque les adolescentes ont accès à des informations fiables, au soutien de leur entourage et à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, elles sont mieux armées pour prendre des décisions éclairées concernant leur santé et leur avenir.

Afin de répondre à ces défis, le Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR), avec l’appui d’Ipas Burundi, accompagne les structures sanitaires afin de renforcer les compétences des prestataires et d’améliorer la qualité des soins. Grâce aux supervisions formatives, au mentorat et à un accompagnement technique continu, les équipes de santé sont mieux préparées à offrir des services respectueux, adaptés aux jeunes et fondés sur les droits.

Au centre de santé de Gikomero, cet investissement a fait toute la différence pour Buzima et sa fille. Après une première expérience marquée par un refus de service, elles ont trouvé un environnement fondé sur l’écoute, le respect et l’accompagnement.

« À Gikomero, nous avons enfin rencontré des prestataires qui nous ont écoutées, rassurées et traitées avec respect. Leur soutien nous a donné confiance et a permis à ma fille de faire un choix éclairé »

Aujourd’hui, grâce à des prestataires mieux formés et à des services davantage adaptés aux besoins des jeunes, un nombre croissant de filles peuvent poursuivre leurs études, exercer leur droit à la santé et construire l’avenir qu’elles choisissent.
« Grâce aux formations et à l’appui technique d’Ipas Burundi, nous sommes aujourd’hui mieux équipés pour offrir des services de santé sexuelle et reproductive adaptés aux besoins des adolescentes et des jeunes. Ces formations ont renforcé non seulement nos compétences techniques, mais aussi notre manière d’accueillir et d’accompagner les clientes. Nous veillons désormais à ce que chaque adolescente reçoive des informations complètes, que ses choix soient respectés et qu’elle puisse accéder aux services dans un environnement sûr, bienveillant et respectueux de ses droits. »
Hilarie Uwajeneza

Responsable du Centre de Santé de Gikomero.

Un changement qui dépasse une seule famille

Aujourd’hui, Buzima partage son expérience avec d’autres parents de sa communauté. Forte de son parcours, elle les encourage à dialoguer ouvertement avec leurs enfants, à les écouter sans jugement et à les orienter vers les services de santé lorsqu’ils en ont besoin.

Pour elle, protéger les adolescentes commence souvent au sein du foyer, par des conversations honnêtes, fondées sur la confiance et le soutien. Mais ces échanges doivent pouvoir s’appuyer sur des services de santé accessibles, respectueux et de qualité.

« Grâce à cette expérience, je suis déterminée à sensibiliser d’autres parents et à orienter les jeunes filles vers les services de santé. Si nous parlons davantage avec nos enfants et si les services restent accueillants et accessibles, nous pouvons aider de nombreuses adolescentes à construire un avenir différent. »

L’histoire de Buzima rappelle que l’amélioration de la qualité des soins ne consiste pas uniquement à renforcer les systèmes de santé. Il s’agit aussi de créer davantage de possibilités pour les adolescentes : poursuivre leurs études, réaliser leurs aspirations et prendre des décisions éclairées concernant leur santé et leur avenir.

Pour Buzima, ce changement est déjà une réalité. Ce qui a commencé comme la volonté d’une mère de protéger sa fille est devenu une source d’espoir pour d’autres familles de sa communauté — et un témoignage de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les adolescentes ont accès à des informations fiables, au soutien de leur entourage et à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité.

Élargir l’accès aux soins complets d’avortement à travers la CSU en RDC

Élargir l’accès aux soins complets d’avortement à travers la CSU en RDC

En République démocratique du Congo (RDC), l’avortement fait partie de la réalité vécue par de nombreuses femmes et filles. Chaque année, un nombre important de grossesses non désirées se terminent par des pratiques réalisées en dehors du système de santé formel, souvent dans des conditions qui exposent les femmes à des complications graves.

En effet, les complications liées aux avortements non sécurisés figurent parmi les causes majeures de morbidité et de mortalité maternelles. Elles traduisent des inégalités persistantes en matière d’accès à l’information, aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) et aux ressources financières. Les adolescentes, les femmes en situation de vulnérabilité ou vivant dans des zones affectées par les conflits sont les plus exposées.

Pendant longtemps, les soins complets d’avortement centrés sur la femme (SCACF) ont été considérés comme secondaires dans les priorités du système de santé. Cette situation a contribué à retarder l’accès aux soins, à alourdir les coûts pour les familles et à accroître la pression sur les services de santé déjà fragilisés.

La délégation canadienne

La CSU : un tournant stratégique pour le système de santé congolais

La Couverture Santé Universelle (CSU) vise à garantir à toute la population congolaise l’accès à des soins et services de santé essentiels, de qualité, sans risque d’appauvrissement lié aux paiements directs des soins. En RDC, le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS) 2016–2020, recadré en PNDS 2019–2022 et intitulé « vers la couverture santé universelle », a constitué le socle de réflexion et d’orientation ayant conduit à l’adoption du Plan Stratégique National pour la Couverture Santé Universelle (PSN‑CSU) 2020–2030, lequel constitue aujourd’hui le cadre de référence des réformes du système de santé.

Mais au-delà de son ambition technique, la CSU incarne un choix politique fort : celui de placer l’équité, la justice sociale et les droits humains au cœur des politiques de santé. Elle offre une opportunité unique de corriger les inégalités structurelles qui excluent encore de nombreuses femmes de services essentiels de SSR.

Dans ce contexte, l’intégration des SCACF ne relève pas uniquement d’un enjeu programmatique — elle constitue une condition essentielle pour que la CSU tienne sa promesse d’universalité.

Néanmoins, leur intégration formelle dans les dispositifs nationaux de mise en œuvre de la CSU reste limitée, ce qui affecte la portée inclusive des politiques de santé en faveur des femmes et des filles. C’est ce constat partagé qui a progressivement fait émerger un consensus : la CSU ne peut atteindre ses objectifs sans inclure pleinement les SCACF dans son paquet de services essentiels.

Du constat à l’action : Un plaidoyer pour des politiques plus inclusives

C’est dans ce contexte qu’a débuté, en octobre 2024, la mise en œuvre des actions de plaidoyer, sous le leadership du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR) et avec l’appui de Ipas RDC. Ce processus a été lancé par une première rencontre avec les autorités de la CSU, notamment le Directeur de l’Agence de Régulation et de Contrôle de la Couverture Santé Universelle (ARC‑CSU), autour du mécanisme de fonctionnement de la CSU et de l’intégration des SCACF au sein de celle‑ci.

Ce travail collectif a permis de repositionner les SCACF comme un service essentiel de santé publique, soutenu par des données probantes et des besoins réels exprimés au niveau communautaire.

Plusieurs avancées clés ont déjà été enregistrées :

  • la reconnaissance des SCACF comme faisant partie intégrante du continuum de soins en SSR ;
  • un avis favorable à leur intégration progressive dans le paquet de services essentiels de la CSU ;
  • la recommandation de mise en place d’un cadre technique multisectoriel pour accompagner ce processus.

Ces avancées marquent un tournant : la question n’est plus de savoir si les SCACF doivent être intégrés, mais comment le faire de manière progressive, cohérente et durable, au service de la santé et de la dignité des femmes et des filles.

Les femmes en RDC
Les femmes en RDC

Transformer l’opportunité politique en impact réel pour les femmes et les filles

L’avis favorable à l’intégration des SCACF dans la CSU constitue une étape déterminante, mais il ne marque pas la fin du processus. L’enjeu désormais est clair : passer de l’engagement politique à la mise en œuvre effective, de manière progressive, mesurable et équitable.

Cela implique notamment :

  • d’intégrer pleinement les SCACF dans les mécanismes de financement de la CSU ;
  • de renforcer les capacités des prestataires afin d’assurer des soins de qualité, respectueux et adaptés aux besoins des adolescentes et des jeunes ;
  • de mettre en place des systèmes de suivi permettant de mesurer l’impact réel de cette intégration sur la santé et le bien-être.

Au-delà des aspects techniques, cette intégration représente une transformation structurelle : elle reconnaît que les besoins en matière d’avortement font partie des réalités de santé publique et doivent être pris en compte dans des systèmes de santé équitables et inclusifs.

Une avancée décisive pour les droits et la santé des femmes

Pour Ipas RDC, l’intégration des SCACF dans la CSU s’inscrit au cœur d’un objectif plus large : garantir que chaque femme et chaque fille puisse exercer pleinement son droit à l’autonomie corporelle et accéder à des services de SSR sûrs, accessibles et respectueux.

Elle représente une opportunité stratégique de transformer des engagements normatifs en accès réel aux soins — et de rapprocher le système de santé des besoins vécus par les femmes.

En RDC, la question n’est plus de savoir si ces besoins existent, mais de s’assurer que les politiques publiques y répondent de manière équitable, durable et fondée sur les droits.

Groupe de personnes en RDC
La santé des femmes, une priorité même en contexte de crise humanitaire

La santé des femmes, une priorité même en contexte de crise humanitaire

Dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), des décennies de crise humanitaire ont provoqué des déplacements massifs de populations. La fermeture progressive de plusieurs camps de déplacés internes a récemment accentué cette situation, entraînant une dispersion des ménages vers des familles d’accueil et des sites informels, notamment à Nyiragongo, Karisimbi et dans la ville de Goma.

Cette recomposition du contexte humanitaire s’inscrit dans un environnement marqué par l’insécurité persistante et les violences armées, exerçant une forte pression sur les services sociaux et le système de santé.

Dans ce cadre, l’organisation des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) a dû évoluer. Les interventions concentrées dans les camps ne répondaient plus à la réalité de déplacements diffus au sein des communautés. Un changement d’échelle et une réorientation stratégique se sont imposés.

Avec l’appui du gouvernement du Canada, à travers l’initiative WISH, Ipas RDC accompagne les autorités sanitaires et les partenaires locaux afin de garantir la continuité des services essentiels de SSR pour les femmes et les adolescentes, même en période de crise.

Une réponse intégrée et durable, ancrée au niveau local

Face à la dispersion des populations déplacées, les autorités sanitaires, avec l’appui technique d’Ipas RDC et d’autres partenaires humanitaires, ont intégré les services de santé sexuelle et reproductive dans les structures de santé existantes et les sites avancés.

Cette approche vise à rapprocher les services des communautés tout en renforçant la résilience du système de santé. Elle permet d’assurer la continuité des soins complets d’avortement sécurisé, de la planification familiale, de la prise en charge des violences basées sur le genre (VBG) et des infections sexuellement transmissibles (IST).

L’intervention a permis de renforcer l’offre de services dans une trentaine de formations sanitaires au Nord et au Sud-Kivu, grâce notamment au renforcement des capacités des prestataires, à l’appui en intrants, à la supervision formative et au soutien aux initiatives communautaires. Ce travail concerté contribue à réduire les barrières géographiques, sociales et économiques à l’accès aux soins.

Les femmes en RDC

Garantir les droits reproductifs en contexte de crise : le parcours d’Elikya

Le parcours d’Elikya (nom d’emprunt), 29 ans et mère de trois enfants, illustre l’impact concret de cette approche. Ayant découvert une grossesse rapprochée présentant un risque pour sa santé, elle a été orientée par un relais communautaire vers un centre de santé.

Accueillie et prise en charge gratuitement au centre de santé CCLK, elle a pu bénéficier d’un soin complet d’avortement sécurisé, puis choisir une méthode contraceptive adaptée.

« Aujourd’hui, je suis en vie et soulagée de pouvoir espacer mes grossesses. Je remercie les personnes qui rendent ces services possibles dans notre communauté », témoigne-t-elle.

Son expérience souligne l’importance de services de santé reproductive accessibles, intégrés et respectueux des droits des femmes, y compris en contexte humanitaire.

Une approche fondée sur les droits et la résilience du système de santé

L’intervention s’inscrit dans une approche fondée sur les droits humains et s’aligne sur les engagements nationaux et régionaux, notamment le Protocole de Maputo. En renforçant les capacités des structures sanitaires et les mécanismes communautaires d’orientation, les services sont rendus disponibles, accessibles, acceptables et de qualité.

Dans un contexte marqué par un accès limité aux méthodes contraceptives et par des risques élevés de complications liées aux grossesses non planifiées — souvent associées aux avortements non sécurisés — l’intégration des soins complets d’avortement sécurisé et de la planification familiale constitue un levier essentiel pour réduire la mortalité maternelle et renforcer l’autonomie corporelle des femmes

Groupe de personnes en RDC

Une réponse coordonnée face aux défis humanitaires persistants

Malgré des contraintes majeures — ruptures d’intrants, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, insécurité et pression sur les ressources humaines — la coordination entre autorités sanitaires, partenaires humanitaires et acteurs communautaires permet de maintenir les services essentiels jusqu’au dernier kilomètre.

Grâce à cette approche concertée, des milliers de femmes ont pu accéder à des services de planification familiale, de soins complets d’avortement sécurisé et de prise en charge des violences sexuelles. En rapprochant durablement les services des communautés affectées par les crises, l’intervention contribue à sauver des vies, à préserver la dignité des femmes et des filles, et à renforcer la résilience du système de santé.

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.

Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.

À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.

Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.

Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.

« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner, sans jugement. »

Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.

À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables, de qualité et respectueux des droits.

Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.

L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.

À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.

En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.