« Je ne voulais pas que ma fille vive la même histoire que moi »
À 16 ans, sa vie a basculé à la suite d’une violence sexuelle qui a entraîné une grossesse précoce. Du jour au lendemain, elle a dû abandonner ses études et faire face à la stigmatisation, au rejet et à de nombreuses difficultés sociales et économiques. Sans soutien, elle a élevé seule son enfant tout en portant le poids des épreuves vécues durant son adolescence. Pendant de nombreuses années, une même inquiétude l’a accompagnée : Et si ma fille connaissait le même destin ?
Lorsque sa fille est entrée dans l’adolescence, Buzima a senti renaître une inquiétude qu’elle portait depuis longtemps. Déterminée à éviter que son enfant ne revienne sur ses propres pas, elle a choisi de partager avec elle son histoire et les leçons tirées de son vécu.
Pour Buzima, cette visite représentait bien plus qu’un simple accès à un service de santé. Elle lui apportait la certitude que sa fille aurait des opportunités qu’elle-même n’avait jamais eues : la possibilité de protéger sa santé, de poursuivre ses études et de construire l’avenir qu’elle choisit.
Lorsque la qualité des soins fait la différence
L’histoire de Buzima est profondément personnelle, mais les défis auxquels elle a été confrontée sont partagés par de nombreuses filles au Burundi.
Comme Buzima, des milliers d’adolescentes se heurtent à des obstacles qui limitent leur santé, leur éducation et leurs perspectives d’avenir. Les grossesses précoces demeurent une réalité préoccupante, en particulier pour les jeunes filles qui n’ont pas toujours accès à des informations fiables ni à des services de santé adaptés à leurs besoins.
Les données nationales illustrent l’ampleur du défi. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS), les femmes burundaises ont leurs premiers rapports sexuels à l’âge moyen de 19,6 ans, soit plus de trois ans avant les hommes. Près d’une femme sur quatre se marie avant l’âge de 18 ans, une proportion huit fois plus élevée que chez les hommes. Parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans qui ne sont pas en union, 34 % utilisent une méthode contraceptive moderne, tandis que 6 % sont déjà mères et 2 % sont enceintes au moment de l’enquête.
Derrière ces statistiques se cachent des histoires similaires à celle de Buzima : des jeunes filles contraintes d’abandonner leurs études, confrontées à la stigmatisation ou privées de la possibilité de réaliser pleinement leurs aspirations.
Les répercussions sur l’éducation sont particulièrement importantes. Selon le Rapport final sur les grossesses en milieu scolaire de 2023, plus de 2 000 jeunes filles abandonnent l’école chaque année en raison d’une grossesse. Au cours de l’année scolaire 2022–2023 seulement, 879 élèves ont quitté l’école pour cette raison. Pour beaucoup d’entre elles, une grossesse signifie non seulement l’interruption de leur parcours scolaire, mais aussi une réduction durable de leurs opportunités économiques et sociales.
Pourtant, l’histoire de Buzima montre qu’un autre avenir est possible.
Lorsque les adolescentes ont accès à des informations fiables, au soutien de leur entourage et à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, elles sont mieux armées pour prendre des décisions éclairées concernant leur santé et leur avenir.
Afin de répondre à ces défis, le Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR), avec l’appui d’Ipas Burundi, accompagne les structures sanitaires afin de renforcer les compétences des prestataires et d’améliorer la qualité des soins. Grâce aux supervisions formatives, au mentorat et à un accompagnement technique continu, les équipes de santé sont mieux préparées à offrir des services respectueux, adaptés aux jeunes et fondés sur les droits.
Au centre de santé de Gikomero, cet investissement a fait toute la différence pour Buzima et sa fille. Après une première expérience marquée par un refus de service, elles ont trouvé un environnement fondé sur l’écoute, le respect et l’accompagnement.
Un changement qui dépasse une seule famille
Aujourd’hui, Buzima partage son expérience avec d’autres parents de sa communauté. Forte de son parcours, elle les encourage à dialoguer ouvertement avec leurs enfants, à les écouter sans jugement et à les orienter vers les services de santé lorsqu’ils en ont besoin.
Pour elle, protéger les adolescentes commence souvent au sein du foyer, par des conversations honnêtes, fondées sur la confiance et le soutien. Mais ces échanges doivent pouvoir s’appuyer sur des services de santé accessibles, respectueux et de qualité.
Pour Buzima, ce changement est déjà une réalité. Ce qui a commencé comme la volonté d’une mère de protéger sa fille est devenu une source d’espoir pour d’autres familles de sa communauté — et un témoignage de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les adolescentes ont accès à des informations fiables, au soutien de leur entourage et à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité.




