Au Burundi, renforcer le leadership pour faire progresser les droits reproductifs

Au Burundi, renforcer le leadership pour faire progresser les droits reproductifs

Au Burundi, les normes sociales, la stigmatisation et la compréhension limitée du cadre juridique continuent d’entraver l’accès des femmes et des filles à l’information et aux soins de santé sexuelle et reproductive. Pour contribuer à faire évoluer cette situation, Ipas Burundi a accompagné 27 acteurs, principalement issus de la société civile, afin de renforcer leur capacité à défendre les droits reproductifs.

Le processus a commencé par des sessions de Clarification des valeurs et de transformation des attitudes (CVTA). Ces espaces participatifs ont permis aux participants d’examiner leurs perceptions de l’avortement, de reconnaître certains préjugés et de mieux comprendre les réalités vécues par les femmes et les filles.

Comme le dit un participant :

« Avant de participer aux ateliers, j’avais moi aussi des doutes et des préjugés sur l’avortement. […] Aujourd’hui, nous nous sentons mieux outillés pour porter un plaidoyer fondé sur les droits humains, même dans un environnement parfois hostile. »

VCAT session participant

La délégation canadienne

Cette évolution des attitudes a été complétée par une revue participative du cadre juridique burundais relatif à l’avortement thérapeutique. En analysant les textes existants et les difficultés liées à leur application, les participants ont renforcé leurs connaissances et leur capacité à formuler des arguments de plaidoyer fondés sur le droit.

Les résultats observés montrent les premiers effets de cette approche : 15 participants ont renforcé leur connaissance des indications légales, 12 ont exprimé des positions moins stigmatisantes et 8 se sont engagés dans des initiatives de plaidoyer.

Ces changements individuels ont ensuite nourri un dialogue national réunissant des représentants de la société civile, de la santé, de la justice, des droits humains, du genre et des organismes internationaux. Mieux préparés et disposant d’un langage commun, les participants ont pu contribuer à l’élaboration d’une feuille de route destinée à renforcer la durabilité des droits et de la santé sexuelle et reproductive au Burundi.

La réussite de cette initiative ne réside donc pas uniquement dans le nombre de personnes accompagnées. Elle se mesure surtout à leur capacité renforcée à remettre en question les discours stigmatisants, à participer aux espaces de décision et à mobiliser leurs connaissances pour faire progresser les droits reproductifs.

En investissant dans les connaissances, les attitudes et le leadership de la société civile, Ipas Burundi contribue à poser les bases d’un environnement plus favorable aux droits et à la santé des femmes et des filles. Les 27 acteurs accompagnés peuvent désormais devenir des relais du changement dans leurs organisations, leurs secteurs et leurs communautés.

Sur la piste et dans la vie, les filles ont le droit de choisir leur avenir

Sur la piste et dans la vie, les filles ont le droit de choisir leur avenir

Lors de la 5e Coupe du Congo de Roller Sports, une organisation de jeunes a fait du sport un espace de dialogue sur les violences basées sur le genre, la planification familiale et la capacité des filles et des jeunes femmes à faire leurs propres choix.

Du 28 au 30 août 2026, le Stade des Martyrs a accueilli la 5e Coupe du Congo de Roller Sports. Pour la troisième fois, Ipas RDC a appuyé cette compétition organisée avec le soutien du ministère des Sports, à travers la Fédération congolaise de roller sports, FECOROLS.

Dans le cadre de cette compétition, Youth Sprint, une organisation de jeunes, a mené avec l’appui d’Ipas RDC des activités de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et la planification familiale. En allant directement à la rencontre des athlètes, des jeunes et du public, ses membres ont créé un espace d’information, d’écoute et de dialogue sur la santé et les droits sexuels et reproductifs.

Cette initiative repose sur une conviction simple : les espaces où les jeunes se retrouvent, s’expriment et poursuivent leurs ambitions peuvent aussi devenir des lieux de prévention et de changement social. Elle illustre également le rôle déterminant que les jeunes peuvent jouer pour informer leurs pairs et porter le changement au sein de leurs communautés. Ipas reconnaît en effet les jeunes comme des défenseurs et défenseuses de leur santé et de leurs droits, capables notamment d’agir comme éducateurs et éducatrices auprès de leurs pairs.

 

La délégation canadienne

Des obstacles qui dépassent la piste

Pour de nombreuses filles, pratiquer un sport ne consiste pas seulement à s’entraîner ou à participer à une compétition. Il faut parfois aussi surmonter les préjugés, les remarques sexistes et les attentes sociales qui cherchent encore à définir ce qu’une fille peut faire, les espaces qu’elle peut occuper ou les ambitions qu’elle peut poursuivre.

Ces obstacles ne sont pas vécus de la même manière par toutes. Le genre peut se combiner à l’âge, au handicap, aux difficultés économiques ou au lieu de résidence, et rendre encore plus difficile l’accès au sport, à l’information et aux services de santé. Certaines filles doivent ainsi franchir plusieurs barrières avant même d’atteindre la ligne de départ.

Le sport peut refléter ces inégalités, mais il peut aussi contribuer à les remettre en question. En prenant leur place sur la piste, les filles affirment leur capacité à développer leurs talents, à poursuivre leurs ambitions et à décider de la direction qu’elles souhaitent donner à leur vie.  

L’expérience de l’athlète Linda Kanku en témoigne. Lors de courses de longue distance, elle a entendu des propos lui demandant de « rester à la maison » ou d’aller « faire la cuisine ». Ces paroles illustrent la manière dont les stéréotypes peuvent fragiliser la confiance des filles et limiter leurs aspirations. Elles rappellent aussi la nécessité d’impliquer les familles, les encadreurs et encadreuses sportives, les communautés et le public dans la création d’environnements plus sûrs, respectueux et inclusifs.

« Lorsqu’une fille choisit de faire du sport, elle ne défie pas la société : elle développe son talent, sa santé, sa confiance et son avenir. »

a dit Linda Kanku.

Les femmes en RDC

Le sport comme espace de confiance et de choix

Sur la piste, les filles apprennent à connaître leurs capacités, à repousser leurs limites et à croire en leur potentiel. Cette confiance peut également les aider à faire entendre leur voix, à défendre leurs choix et à résister aux pressions qui cherchent à décider à leur place.

Mais cette confiance ne suffit pas si elles ne disposent pas d’informations fiables et de services adaptés. Leur permettre de prendre des décisions concernant leur santé et leur avenir nécessite également de prévenir les violences, de combattre les discriminations et de faciliter l’accès à une information claire sur la santé sexuelle et reproductive.

À travers les sensibilisations menées pendant la compétition, les jeunes mobilisés au sein de l’organisation ont échangé avec les participantes et participants sur les différentes formes que peuvent prendre les violences basées sur le genre. Celles-ci peuvent être physiques, mais aussi verbales, psychologiques ou sociales, notamment à travers les humiliations, les intimidations et les préjugés qui éloignent certaines filles des espaces sportifs.

L’équipe a également animé des discussions sur la planification familiale. L’accès à une information fiable sur les méthodes contraceptives et à des services adaptés peut aider les jeunes à protéger leur santé, à prévenir les grossesses non désirées et à poursuivre leurs études, leur entraînement et leurs projets de vie. Par ces échanges, les membres de Youth Sprint ont rapproché les jeunes de ressources utiles tout en contribuant à lever les tabous entourant la santé sexuelle et reproductive.

En animant ces discussions, les jeunes de Youth Sprint ne se contentaient pas de transmettre des messages à leurs pairs. Ils contribuaient à créer un espace où les jeunes pouvaient poser des questions, mieux connaître leurs droits et réfléchir aux choix qui influencent leur santé et leur avenir.

Groupe de personnes en RDC

Créer des espaces où chaque fille peut avancer

Associer la prévention des violences basées sur le genre à la planification familiale permet d’agir à la fois sur la sécurité, la santé et la capacité des jeunes à faire leurs propres choix. Une jeune sportive informée, soutenue et protégée dispose de meilleures conditions pour poursuivre ses objectifs et exprimer pleinement son potentiel.

Cette responsabilité ne doit toutefois pas reposer uniquement sur les filles. Les familles, les encadreurs et encadreuses sportives, les fédérations, les communautés et les institutions ont toutes un rôle à jouer pour faire du sport un environnement dans lequel aucune jeune personne n’est exclue, humiliée ou exposée à la violence.

À travers la 5e Coupe du Congo de Roller Sports, les activités de sensibilisation conduites par les jeunes de Youth Sprint, avec l’appui d’Ipas RDC et en collaboration avec le ministère des Sports et la FECOROLS, ont montré que le sport peut être bien plus qu’une compétition. Il peut devenir un espace où les filles renforcent leur confiance, découvrent leurs droits et trouvent les ressources nécessaires pour protéger leur santé et poursuivre leurs ambitions.

Sur la piste comme dans la vie, chaque fille doit pouvoir avancer à son rythme, faire ses propres choix et construire son avenir sans violence, discrimination ni obstacle.

 

Groupe de personnes en RDC

Rédigé par Lusangi Mankesi Bernetelle, stagiaire à Ipas RDC et membre de la coalition Youth Sprint

Informer pour prévenir : un espace sûr de dialogue pour l’autonomie corporelle des jeunes en RDC

Informer pour prévenir : un espace sûr de dialogue pour l’autonomie corporelle des jeunes en RDC

Le 3 avril dernier, la pose de la première pierre du futur Centre des jeunes à l’INPESS a marqué une avancée importante pour la prévention en santé sexuelle et reproductive (SSR) en République démocratique du Congo.Portée par le Programme national de santé des adolescents (PNSA), avec l’appui d’Ipas RDC et le financement de l’Agence norvégienne de coopération au développement (NORAD), cette initiative vise à créer un espace sûr d’information, de dialogue et d’apprentissage de pair à pair, pensé pour et avec les jeunes.

À travers une approche centrée sur le changement social et comportemental, le centre ambitionne de renforcer l’accès à une information fiable, d’encourager des choix éclairés et de soutenir l’autonomie corporelle des adolescent·es et des jeunes, en agissant en amont des parcours de soins.

Un contexte marqué par de fortes vulnérabilités

En République démocratique du Congo, L’accès à l’information fiable et aux services de SSR adaptés reste un défis majeur pour les adolescents et jeunes. Les tabous persistants autour de la sexualité, le manque de dialogue au sein des familles et des communautés, ainsi que la peur du jugement exposent de nombreux jeunes — en particulier les filles — à une désinformation profonde. Trop souvent, les décisions liées au corps et à la santé sont prises dans l’urgence, la contrainte ou l’isolement.

 

Un membre de la délégation canadienne

Un leadership étatique fort et une appropriation locale par les jeunes

Les femmes en RDC

La création du Centre des jeunes repose sur une approche d’appropriation locale forte, portée à la fois par les institutions publiques et par les jeunes eux‑mêmes. Le Programme national de santé des adolescents (PNSA) en assure le leadership stratégique, garantissant l’alignement du centre avec les politiques nationales de santé, les priorités éducatives et les orientations du changement social et comportemental (CTS).

Lors de la cérémonie de pose de la première pierre, le Directeur national du PNSA a rappelé le rôle clé du futur centre comme cadre d’information, d’écoute et d’orientation adapté aux jeunes, soulignant ainsi la responsabilité de l’État dans la durabilité et la légitimité de cette initiative.

Au‑delà du leadership politique, le centre s’appuie sur une gestion et une animation assurée par les jeunes de Youth Sprint, renforçant une dynamique de participation active, de pair à pair. Cette gouvernance partagéepermet de rapprocher les contenus des réalités vécues par les adolescent·es, d’adapter les messages aux contextes culturels et sociaux et d’agir sur les normes, les attitudes et les comportements à risque.

En croisant leadership institutionnel et engagement des jeunes, l’initiative affirme une conviction forte : les changements durables de comportements naissent dans des espaces de confiance, ancrés localement et portés par celles et ceux qu’ils concernent.

Un espace pensé avec et pour les jeunes

Le futur Centre des jeunes a été conçu pour intervenir là où tout commence : avant l’entrée dans le système de soins, au moment où se forgent les connaissances, les représentations et les choix. Loin des modèles classiques centrés uniquement sur la prestation de services, il propose une autre manière d’accompagner les adolescent·es et les jeunes — en misant sur l’information, le dialogue et l’écoute comme premiers leviers de prévention.

Ce qui distingue ce centre, c’est d’abord son caractère non médicalisé. Ici, les jeunes n’entrent pas pour consulter, mais pour comprendre, questionner et échanger, dans un espace pensé pour eux, libéré de la peur du jugement ou de la sanction. En créant ce cadre de confiance, le centre permet d’aborder sans tabou des sujets encore largement entourés de silence : santé sexuelle et reproductive, rapports de genre, violences basées sur le genre, droits et prise de décision.

Le centre s’appuie également sur une approche résolument tournée vers le changement social et comportemental. Il agit sur les normes sociales, les croyances et les dynamiques relationnelles qui influencent les comportements, en particulier chez les adolescentes. L’objectif n’est pas seulement de transmettre de l’information, mais de favoriser une réflexion critique, l’appropriation des connaissances et la capacité à faire des choix éclairés.

Autre élément clé de différenciation, le centre sera animé par et pour les jeunes, à travers l’implication des membres de Youth Sprint. Cette dynamique de pair à pair renforce la proximité avec les réalités vécues par les adolescents·es, rend les messages plus accessibles et favorise une participation active. Les jeunes ne sont pas de simples bénéficiaires : ils deviennent acteurs, animateurs et relais du changement.

Concrètement, le Centre des jeunes proposera :

  • Des sessions d’information éducatives sur la santé sexuelle et reproductive, les droits, la prévention des grossesses non désirées et des violences basées sur le genre ;
  • Des espaces de dialogue et d’apprentissage de pair à pair, favorisant l’expression libre, le questionnement et le partage d’expériences ;
  • Des box d’écoute confidentiels, permettant une orientation individualisée, respectueuse et adaptée vers les services existants ;
  • Des activités intégrées d’éducation et de changement social et comportemental, en cohérence avec les priorités nationales et les évidences issues des recherches menées par Ipas.

En complément, le centre jouera un rôle essentiel d’orientation structurée. Plutôt que de dupliquer les services, il aidera les jeunes à identifier les structures adaptées et à s’inscrire dans des parcours de soins plus sûrs, en amont des situations de crise.

Transformer les comportements en agissant en amont

En faisant de l’information, du dialogue et de l’orientation des points d’entrée essentiels, le Centre des jeunes ambitionne d’agir à la racine des vulnérabilités auxquelles sont confrontés les adolescent·es et les jeunes. En leur offrant un espace pour comprendre, questionner et se projeter, il contribue à réduire l’exposition aux situations à risque et à renforcer la capacité des jeunes à faire des choix éclairés concernant leur santé et leur avenir.

Groupe de personnes en RDC

À travers cette approche préventive, le centre entend participer à la diminution des grossesses non désirées, du recours à des pratiques non sécurisées et des violences basées sur le genre.Plus largement, il s’affirme comme un levier stratégique de transformation des comportements, au service de l’autonomie corporelle et du bien‑être des adolescent·es et des jeunes en République démocratique du Congo.

Validation du plan d’action CTS : Interventions intégrées et coordonnées pour le bien-être des adolescentes

Validation du plan d’action CTS : Interventions intégrées et coordonnées pour le bien-être des adolescentes

En République démocratique du Congo, la province du Kasaï fait face à de graves défis en matière de respect des droits des filles. Les pratiques néfastes telles que les mariages précoces, les grossesses non désirées et les violences basées sur le genre demeurent profondément ancrées dans les communautés, avec des conséquences sévères sur la vie, la santé et l’avenir des jeunes filles.

Le manque d’accès à une information fiable sur la santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’à des méthodes contraceptives adaptées, favorise la survenue de grossesses précoces. Celles-ci perturbent leur parcours éducatif, augmentent les risques de complications physiques et psychologiques et réduisent leur autonomie dans la prise de décision.

Selon l’enquête MICS 2017‑2018, près de 54 % des femmes de 20 à 24 ans dans la province du Kasaï ont été mariées avant l’âge de 18 ans, contre 29 % au niveau national. Entre 2021 et 2024, la province a enregistré 425 cas de mariages précoces, touchant principalement des adolescentes âgées de 15 à 17 ans. Ces statistiques témoignent d’une situation alarmante, caractérisée par la persistance des mariages d’enfants, la hausse des grossesses adolescentes et un taux élevé d’abandon scolaire, compromettant sérieusement les perspectives d’avenir des jeunes filles du Kasaï.

Face à cette situation, les autorités provinciales du Kasaï ont mis en place le Plan d’action CTS (Child Marriage, Teen Pregnancy, School Dropout), en collaboration avec Ipas RDC, avec l’appui financier de l’agence norvégienne de coopération et de développement (NORAD). Ce plan d’action constitue un outil stratégique et opérationnel, destiné à coordonner les interventions multisectorielles et à offrir une réponse durable aux défis rencontrés par les adolescentes.

Femme portant des boissons sur sa tête.

Un processus participatif et inclusif

Le processus a débuté par un atelier technique restreint, réunissant des experts des secteurs de la santé, de l’éducation et du ministère provincial du Genre. Les participants ont ensuite été répartis en six groupes correspondant aux axes stratégiques du plan, afin d’enrichir l’ébauche initiale. Les recommandations ont été discutées en plénière et intégrées dans la version finale.

Un atelier élargi de validation a ensuite rassemblé une diversité d’acteurs : société civile, autorités locales, forces de sécurité, élèves et autorités scolaires. Cette étape a permis de garantir une appropriation locale et de renforcer l’engagement collectif autour de la lutte contre les mariages précoces, les grossesses adolescentes et l’abandon scolaire.

Femme portant des boissons sur sa tête.

La validation officielle

L’aboutissement de ce processus a été marqué par la validation officielle du Plan d’action CTS par Son Excellence Madame Alphonsine BUNDU LUZANGA, Ministre provinciale du Genre, Famille et Enfant. Dans son allocution, elle a insisté sur l’urgence d’une action concertée :

« Chaque jour d’inaction condamne inexorablement des centaines de jeunes filles à un avenir compromis par les mariages précoces, les grossesses non désirées et l’abandon scolaire. »

Son leadership envoie un signal fort de la volonté politique de faire progresser l’égalité des sexes et de défendre les droits des filles dans toute la province.

Six axes pour transformer la vie des adolescentes

Le Plan d’action CTS s’articule autour de six axes stratégiques qui s’attaquent collectivement aux causes profondes et aux conséquences du mariage des enfants et de la grossesse des adolescentes :

  • Transformation des normes sociales néfastes : campagnes de sensibilisation et promotion de modèles positifs.
  • Maintien et retour des filles à l’école : prévention du décrochage et réinsertion des filles déscolarisées.
  • Accès aux services DSSR : amélioration de l’accès à des services adaptés, confidentiels et de qualité.
  • Engagement des parents et leaders communautaires : implication des familles et leaders dans la prévention.
  • Autonomisation des adolescentes : renforcement des capacités, leadership et compétences économiques.
  • Renforcement des mécanismes de protection : systèmes de signalement et application des lois de protection.
Femme portant des boissons sur sa tête.

Ces axes reflètent une approche holistique qui met l’accent sur la voix des filles, le soutien de la communauté et le renforcement des systèmes provinciaux.

Femme portant des boissons sur sa tête.
Femme portant des boissons sur sa tête.

Dans le cadre de la mise en œuvre du plan, les ministères provinciaux du Genre, Famille & Enfant et de l’Education avec l’appui technique et financier de Ipas organiseront diverses activités visant à favoriser le maintien des élèves à l’école. Le plan d’action prévoit notamment des campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires, ainsi que la création et la redynamisation des clubs scolaires dédiés à la santé sexuelle et reproductive (DSSR).

Ces espaces offriront aux jeunes l’opportunité de s’exprimer librement, de renforcer leurs connaissances en matière de santé sexuelle et reproductive, et de développer des compétences en leadership. L’objectif est de les préparer à devenir des acteurs de changement, capables d’influencer positivement leurs communautés et de promouvoir un environnement scolaire inclusif et protecteur.

Promouvoir la santé sexuelle et reproductive des femmes et des jeunes filles au cœur de Pakadjuma

Promouvoir la santé sexuelle et reproductive des femmes et des jeunes filles au cœur de Pakadjuma

En République démocratique du Congo, le Pakadjuma à Kinshasa, dans le quartier de Limete à Kinshasa, est tristement connu pour ses conditions de vie déplorables, sa forte prévalence de la prostitution, sa criminalité, viols et d’autres formes de violence. Derrière cette dure réalité, la région abrite des jeunes filles et des femmes à la recherche de meilleures conditions de vie et d’opportunités ; pour beaucoup d’entre elles, le commerce du sexe devient le seul moyen de gagner leur vie. option Elles doivent survivre dans un environnement difficile sans aucun espoir d’amélioration. En conséquence, ces femmes et ces jeunes filles sont confrontées à des grossesses non désirées, car elles sont inévitablement contraintes d’utiliser leur corps pour assurer leur avenir.

Un centre au milieu des besoins

Au milieu des inégalités sociales, d’un taux d’analphabétisme élevé et d’un nombre important de mères adolescentes, l’organisation locale  » Cadre de Récupération et d’Encadrement pour l’Epanouissement Intégral des Jeunes  » (Creeij en acronyme), dont la mission principale est l’autonomisation des jeunes à travers la formation, le renforcement des capacités et l’apprentissage des jeunes filles sans emploi et déscolarisées, a lancé ses activités dans le quartier de Pakadjuma en 2017. En effet, pour répondre à ces besoins, Creeij a mis en place dans cette communauté un centre de formation dénommé « Center la Grace pour dispenser des formations professionnelles et des cours d’alphabétisation, mais surtout pour promouvoir l’autonomie corporelle et les droits à la santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles de ce quartier en leur fournissant des informations fiables sur la santé sexuelle et la planification familiale.

Malgré les progrès réalisés jusqu’à présent, le centre est toujours confronté à plusieurs problèmes, notamment les viols et les grossesses non désirées qui conduisent à des avortements dangereux. Comme l’explique Falonne Mayoke, directrice du Centre la Grâce et responsable du programme Creeij, « c’est une chose de fournir aux femmes et aux filles mères des cours d’alphabétisation et une formation professionnelle, mais leurs défis restent les mêmes après la formation : trouver de l’argent pour nourrir leur famille, payer le loyer, etc. Les conséquences sont le viol ou les grossesses non désirées ». C’est pourquoi, afin de prévenir les grossesses non désirées et de réduire le nombre de décès maternels dus à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses, depuis 2019, le CDR d’Ipas soutient Creeij pour améliorer les connaissances de la communauté sur le Protocole de Maputo et ses dispositions relatives à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive, y compris l’avortement sans risque.

Sensibiliser pour mieux informer

Description générée automatiquementCreeij va au-delà de l’identification des besoins en matière de soins de santé sexuelle et reproductive et travaille avec des éducateurs pairs dont la mission principale est d’aider ces femmes et ces jeunes filles à gérer leur reproduction en leur fournissant des informations sur la santé sexuelle et en leur expliquant clairement les dispositions du Protocole de Maputo qui autorise l’avortement sans risque sous certaines conditions. Ces agents de changement communautaire font le lien entre la communauté et l’établissement de santé de Pakadjuma, qui fournit des soins de santé sexuelle et reproductive, y compris l’avortement. En conséquence, le Centre la Grace enregistre les besoins des jeunes filles, et les pairs éducateurs de Creeij accompagneront ces jeunes femmes à la clinique de santé soutenue par Ipas RDC.

Ces pairs éducateurs jouent un rôle essentiel, comme le montre clairement l’histoire de Maisha, une travailleuse du sexe âgée de 22 ans depuis l’âge de 12 ans. Après avoir perdu son père et sa mère, Maisha a commencé à travailler dans l’industrie du sexe pour subvenir à ses besoins et payer ses études. « Il y a quelques mois, je suis tombée enceinte et mes amis m’ont conseillé de me faire avorter dans des conditions dangereuses », raconte Maisha. « Malheureusement, l’avortement a mal tourné et j’ai commencé à saigner pendant des jours. À l’époque, j’étais déjà membre du centre, mais j’avais trop honte pour leur dire ce qui se passait après ce que j’avais fait. Un jour, j’étais chez moi et j’ai entendu les pairs éducateurs dans la rue parler des endroits où l’on peut avorter en toute sécurité et de la manière dont des soins de qualité peuvent sauver des vies. Pendant qu’ils parlaient, ils ont mentionné que le « Centre la Grace » pouvait se référer à n’importe quel cas d’avortement. Je m’y suis rendue et, par chance, ils m’ont amenée à la clinique. Aujourd’hui, je suis en vie.

Aujourd’hui, Maisha est une femme en meilleure santé qui suit un cours de couture, a cessé de se prostituer et espère acheter une machine à coudre très rapidement après sa formation, afin d’en faire son métier.

Un combat qui n’en est plus un

En 5 ans, Creeij a pu répondre à un besoin longtemps négligé dans cette communauté où le pouvoir de décision des femmes est méprisé. En plus de la sensibilisation et de l’orientation, le projet Packard a permis à Creeij d’aborder la question de l’avortement sécurisé pour les femmes et les jeunes filles qui, malgré une formation professionnelle et l’envie de changer de vie, n’avaient pas d’autre choix que de devenir des travailleuses du sexe. Grâce à la formation professionnelle de Creeij, les femmes peuvent désormais choisir leur profession, et grâce au projet Packard, elles peuvent désormais choisir de mener à bien ou non des grossesses non désirées.

20ème anniversaire du Protocole de Maputo

20ème anniversaire du Protocole de Maputo

Célébration du 20e anniversaire du protocole de Maputo : Changer la trajectoire des droits de la femme en RDC
Le Protocole de Maputo est un instrument juridique novateur, élaboré, signé et adopté par les États africains afin de protéger et de promouvoir les droits des femmes africaines, ce qui en fait un texte unique en son genre. Vingt ans après son adoption à Maputo, au Mozambique, la transposition du Protocole de Maputo en droit interne en République démocratique du Congo a été remarquable : de sa publication au Journal officiel en 2018 à l’élaboration de normes et de lignes directrices exhaustives en matière de soins liés à l’avortement, parmi bien d’autres avancées, les progrès réalisés à ce jour méritent d’être salués et sont porteurs d’espoir pour l’avenir des femmes congolaises.

Le 11 juillet 2023, sous l’égide du président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, le ministère de l’Égalité des sexes a organisé une cérémonie historique pour marquer le 20e anniversaire du Protocole de Maputo. Cette célébration a réuni des acteurs clés tels que le ministre des Droits de l’Homme, le ministre de la Jeunesse, des représentants du ministère de la Santé, le chef de cabinet du président, le secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature, des parlementaires, l’ambassadeur du Canada et des représentants du corps diplomatique (Suède, Norvège, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni), les forces de police et l’armée, des organisations internationales, des médias sensibles à la dimension de genre, des chercheurs, des acteurs du monde juridique, des jeunes, des femmes, des organisations de la société civile et des responsables communautaires. L’objectif de cet événement était de célébrer et de reconnaître l’appropriation de cet instrument par le pays ainsi que les progrès réalisés au cours des vingt dernières années dans la transposition du Protocole de Maputo dans le droit national, de mettre en avant le travail novateur et les contributions des défenseurs de cette cause, et de réfléchir à l’avenir tout en discutant de solutions transposables à plus grande échelle, offrant des résultats durables qui renforcent les droits des femmes dans le pays et au-delà. « La forte mobilisation du gouvernement ainsi que de la présidence pour cette célébration est remarquable ; ces dirigeants ont coanimé des tables rondes et ont parlé sans détour de la responsabilité du gouvernement dans la création d’un environnement propice aux droits des femmes, y compris le droit à l’avortement », a déclaré Gisele Kapinga, Haut-Commissaire à la Commission nationale des droits de l’homme.

Ministres, directeur du cabinet du président, partenaires et donateurs

Les ministres, le directeur de cabinet du président, les partenaires et les donateurs. Cette célébration a été marquée par des déclarations fortes du gouvernement, des parlementaires, des leaders de la société civile et des principaux activistes des droits de la femme.

« Les femmes dans notre pays sont victimes de grandes injustices depuis leur naissance, le protocole de Maputo nous permet de nous attaquer à ces inégalités et de construire des solutions durables pour réparer ces injustices historiques » a déclaré S.E. Fabrice Mpuela, Ministre des Droits de l’Homme, alors qu’il co-présidait le panel d’ouverture avec le Ministre de la Jeunesse, le Directeur de Cabinet du Président de la RDC, et le Directeur Pays d’Ipas RDC.
« Le fait que les femmes se voient refuser l’accès à un avortement pratiqué dans des conditions sûres ne signifie pas qu’elles ne recourront pas à l’avortement ; cela signifie simplement qu’elles le feront dans des conditions dangereuses, au péril de leur vie », a déclaré la députée et présidente de la Commission permanente sur l’égalité des sexes, l’honorable Christelle Vuanga, qui a appelé toutes les parties prenantes, y compris celles du système de santé et du système judiciaire, à établir un dialogue et à travailler ensemble pour garantir que les femmes aient accès à un choix sûr sans craindre d’être emprisonnées.

L’étude sur l’impact de la transposition du Protocole de Maputo, menée par l’École de santé publique de l’Université de Kinshasa en collaboration avec l’Ipas et le ministère de la Santé, et présentée lors de cet événement, a mis en évidence les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre sur le terrain, notamment au sein des systèmes judiciaire et sanitaire.

Lors de son discours d’ouverture, S.E. Benoît-Pierre Laramée, Ambassadeur du Canada en République Démocratique du Congo, a déclaré : « Je suis convaincu que la pleine mise en œuvre de ce protocole renforcera l’autonomie corporelle des femmes et des filles en RDC, améliorera leur bien-être et leur autonomisation socio-économique ».
Ce message a été fermement soutenu par le secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature, qui a souligné que le système judiciaire avait pris toutes les mesures nécessaires pour garantir aux femmes l’accès à l’ensemble des dispositions du Protocole de Maputo, y compris les soins d’avortement en toute sécurité.

En réfléchissant aux prochaines étapes avec des organisations de la société civile telles que le Mouvement Youth Sprint, l’Association des femmes juristes et leurs partenaires (DKT, MSI et Ipas) sur ce que les vingt prochaines années réservent à l’avenir des femmes et des filles congolaises ; ces militantes ont appelé l’ensemble des parties prenantes et des bailleurs de fonds à accélérer la mise en œuvre intégrale du Protocole de Maputo en révisant le code pénal et toutes les autres lois qui font obstacle aux droits des femmes. L’engagement fervent de diverses parties prenantes en faveur de la mise en œuvre du Protocole de Maputo et du droit à l’avortement dans des conditions sûres en RDC donne à Ipas et à ses partenaires, qui mènent ce combat, un espoir renouvelé et la motivation nécessaire pour faire en sorte que les promesses du Protocole de Maputo deviennent une réalité pour les femmes et les filles de toute la RDC.

S.E. Antoinette Kipulu, ministre de la formation professionnelle et des métiers, lors de son discours d'ouverture.
S.E. Antoinette Kipulu, ministre de la formation professionnelle et des métiers, lors de son discours d’ouverture.