Santé et dignité : comprendre et utiliser le Protocole de Maputo en RDC

Santé et dignité : comprendre et utiliser le Protocole de Maputo en RDC

Le Protocole de Maputo constitue l’un des instruments juridiques les plus avancés en matière de droits des femmes en Afrique. Cette brochure pratique explique ses implications en République démocratique du Congo, les droits qu’il garantit en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les avancées et défis liés à sa mise en œuvre. Un outil essentiel pour mieux comprendre, promouvoir et faire valoir les droits des femmes et des filles.

Créer un environnement favorable pour les adolescentes au Burundi

Créer un environnement favorable pour les adolescentes au Burundi

Pour de nombreuses adolescentes au Burundi, des événements déterminants peuvent survenir très tôt dans leur parcours de vie, parfois avant qu’elles ne disposent des informations, du soutien et des opportunités nécessaires pour faire des choix éclairés concernant leur santé, leur éducation et leur avenir. Les grossesses précoces, les mariages précoces et les abandons scolaires continuent d’affecter le parcours de nombreuses jeunes filles, compromettant leur accès à l’éducation et limitant leurs perspectives à une période charnière de leur développement.

Ces défis ne sont pas des réalités isolées. Ils s’inscrivent dans un ensemble de dynamiques sociales, économiques et institutionnelles, notamment la précarité économique, la persistance de certaines normes sociales et l’accès inégal aux services essentiels. Ensemble, ces facteurs réduisent les opportunités offertes aux adolescentes et limitent leur capacité à réaliser pleinement leur potentiel.

Face à ces enjeux, les réponses ponctuelles montrent rapidement leurs limites. Des progrès durables nécessitent le renforcement d’un environnement favorable capable d’accompagner les adolescentes sur le long terme, en agissant à la fois sur les normes sociales, la coordination des acteurs et les systèmes qui influencent leur quotidien.

Aligner les acteurs pour une réponse plus coordonnée

C’est dans cette perspective qu’une approche plus structurée de la lutte contre le continuum des grossesses précoces, des mariages précoces et des abandons scolaires (CTS) s’est progressivement mise en place au Burundi.

Le dialogue national organisé à Bujumbura a marqué une étape importante de cette dynamique. En réunissant des représentants des institutions publiques, des services techniques, des organisations de la société civile, des partenaires de développement et des jeunes, il a permis de construire une compréhension commune des défis auxquels sont confrontées les adolescentes dans le pays.

Au fil des échanges, les participants ont souligné que le CTS ne relève pas d’un seul secteur. Il résulte d’un ensemble complexe de facteurs interconnectés, allant des conditions économiques et des normes sociales aux capacités institutionnelles et à l’accès aux services essentiels.

Le dialogue a également contribué à l’émergence d’un cadre d’action commun visant à renforcer la collaboration entre les acteurs, améliorer la coordination des interventions et promouvoir une réponse plus cohérente à l’échelle nationale.

The canadian delegation

Ancrer l’action dans les réalités locales

Dans le prolongement de cette dynamique, un dialogue provincial a été organisé dans la province de Butanyerera dans le cadre du projet Ndi Uwagaciro. Tenu à Ngozi du 22 au 23 avril 2025, cet atelier a permis de faire le lien entre les orientations nationales et les réalités vécues au niveau local.

L’atelier a réuni un large éventail d’acteurs, notamment les autorités administratives provinciales, les cadres techniques des secteurs de l’éducation, de la santé et de la protection sociale, les organisations de la société civile, les leaders communautaires et religieux, les partenaires de mise en œuvre ainsi que les jeunes. En favorisant le dialogue et l’analyse collective, cette rencontre a créé un espace propice à l’identification des défis et des opportunités à partir des expériences des communautés elles-mêmes.

Les discussions ont mis en évidence la persistance et l’interconnexion des grossesses précoces, des mariages précoces et des abandons scolaires, ainsi que leurs répercussions sur le bien-être des adolescentes et le développement socio-économique des communautés. Dans le cadre de cet exercice, les participants ont réalisé une évaluation de l’écosystème CTS au niveau provincial, qui a obtenu un score de 2,6, légèrement supérieur à la moyenne nationale de 2,3. Ces résultats témoignent des progrès déjà accomplis tout en mettant en lumière les domaines nécessitant des efforts supplémentaires.

Women in DRC

Une performance encourageante qui reflète les efforts déjà engagés tout en soulignant les opportunités de renforcement pour une réponse plus efficace et durable.

À travers un processus participatif, les acteurs ont identifié des priorités communes et élaboré un plan d’action provincial assorti de responsabilités et d’échéances clairement définies. Cette feuille de route opérationnelle constitue une étape importante vers une meilleure appropriation locale et une mise en œuvre plus coordonnée des interventions.

Renforcer une dynamique durable de changement

En reliant les processus de dialogue national aux actions menées au niveau local, cette approche contribue à mettre en place une réponse plus coordonnée, plus inclusive et davantage ancrée dans les réalités des communautés.

L’un des acquis majeurs de cette démarche réside dans le renforcement de l’appropriation locale. En impliquant activement les acteurs provinciaux et communautaires dans l’identification des priorités et la définition des solutions, les interventions gagnent en pertinence, en cohérence et en durabilité.

Une étape clé pour élargir les opportunités des adolescentes

Le Burundi pose progressivement les bases d’une réponse plus cohérente et plus coordonnée face aux défis liés aux grossesses précoces, aux mariages précoces et aux abandons scolaires.

En favorisant l’alignement des acteurs, l’ancrage des actions dans les réalités locales et le renforcement de la collaboration entre les secteurs, cette approche contribue à créer un environnement plus favorable pour les adolescentes. Un environnement dans lequel elles peuvent poursuivre leur scolarité, élargir leurs perspectives et se projeter avec davantage d’opportunités.

Maintenir et renforcer cette dynamique sera essentiel pour transformer les premiers résultats obtenus en changements durables. Grâce à l’engagement continu des acteurs, au leadership local et à une coordination renforcée, davantage d’adolescentes pourront développer leur potentiel, réaliser leurs aspirations et contribuer pleinement au développement de leurs communautés et du pays.

Transformer les attitudes pour rendre les écoles plus sûres et inclusives en RDC

Transformer les attitudes pour rendre les écoles plus sûres et inclusives en RDC

Ce blog a été rédigé par Habygaelle Muzie Kimbal Lombo, Patience Lisasi Lisika et Nadia Lobo Jive (Ipas RDC).

Il retrace le processus de développement d’un kit de formation en Clarification des Valeurs et Transformation des Attitudes (CVTA), les principaux apprentissages qui en émergent et leur pertinence pour les dynamiques soutenues par GPE KIX / IDRC.

Inspiré du modèle de Clarification des Valeurs et Transformation des Attitudes (CVTA) et développé par Ipas en 2000 pour aborder les attitudes et croyances stigmatisantes liées à l’avortement, ce kit de formation intégrant les dimensions de genre et d’inclusion est le fruit d’un travail conjoint entre Ipas RDC, Ipas Afrique francophone et Ipas Global, en collaboration avec l’École de Santé Publique de Kinshasa et l’Université Houphouët Boigny.

Conçu pour accompagner la transformation des attitudes et des pratiques des acteurs du système éducatif, ce kit a été développé dans le cadre d’un projet de recherche financé par le Global Partnership for Education – Knowledge and Innovation Exchange (GPE KIX), en partenariat avec le Centre de recherches pour le développement international (CRDI/IDRC). Il vise à répondre aux violences basées sur le genre (VBG) et aux discriminations en milieu scolaire, tout en permettant d’en mesurer l’appropriation et les effets.

Mis en œuvre en République démocratique du Congo (RDC), en Côte d’Ivoire et au Mali, le projet s’inscrit dans un consortium multi pays qui mobilise des solutions portées par les jeunes, ainsi que le recours à la technologie, pour renforcer la sécurité et l’inclusion dans les écoles. Une attention particulière est accordée aux adolescentes enceintes, aux mères adolescentes et aux jeunes non conformes au genre, sur la base de résultats de recherche documentant les violences et discriminations auxquelles ils et elles sont confronté·e·s.

Pourquoi travailler sur les attitudes pour prévenir les violences à l’école ?

En République démocratique du Congo, les violences basées sur le genre (VBG) et les discriminations en milieu scolaire demeurent largement banalisées. Les recherches menées dans le cadre du projet qui comprenait des enquêtes menées auprès de 4 915 élèves du secondaire montrent que la grande majorité des élèves sont exposés à des formes multiples de violences ; en effet, 84% des élèves déclarent avoir été exposés à des intimidations, 76% rapportent avoir subi des châtiments corporels, et 67% des élèves indiquent avoir été confrontés à des violences sexuelles en milieu scolaire. Ces pratiques affectent de manière disproportionnée certains groupes d’élèves, notamment les filles enceintes et mères adolescentes, les élèves vivant avec un handicap et les jeunes non conformes aux normes de genre.

Au-delà des atteintes immédiates à la sécurité et au bien-être des élèves, ces violences compromettent durablement leur maintien et leur réussite scolaires, tout en renforçant les inégalités existantes.

Les limites des réponses institutionnelles actuelles

Face à ces constats, les réponses institutionnelles reposent encore majoritairement sur des cadres normatifs, des politiques ou des sanctions disciplinaires. Si ces leviers sont indispensables, ils demeurent insuffisants lorsqu’ils ne prennent pas en compte les normes sociales, croyances et attitudes qui façonnent, au quotidien, les comportements des enseignants, des directions d’école, des parents et des autorités éducatives.

Ces dimensions immatérielles jouent pourtant un rôle central dans la reproduction — ou, à l’inverse, la prévention — des violences et des discriminations à l’école.

C’est pour répondre à ce manque d’outils opérationnels, reliant données probantes, transformation des attitudes et pratiques concrètes de promotion d’écoles plus sûres et inclusives, mis en évidence par la recherche, qu’un kit de formation intégrant le modèle CVTA a été développé. En créant des espaces structurés de réflexion individuelle et collective, cette approche permet d’interroger les valeurs sous-jacentes aux pratiques éducatives, de rendre visibles leurs effets et d’initier des changements d’attitudes durables.

Une adaptation fondée sur les réalités du milieu scolaire congolais

À partir des résultats de recherche conduites dans les écoles secondaires, le projet a engagé un travail d’adaptation méthodologique approfondi. Les données ont mis en évidence plusieurs tendances structurantes : la persistance des châtiments corporels, la banalisation des violences psychologiques, la stigmatisation des filles enceintes, l’invisibilisation des élèves vivant avec un handicap et les violences ciblant les jeunes non conformes au genre.

Sur cette base, Ipas RDC et ses partenaires ont procédé à une revue critique de la boîte à outils CVTA existante afin d’identifier les exercices les plus pertinents pour le contexte scolaire. Quatre exercices ont été sélectionnés et contextualisés — la progression d’aisance, les quatre coins, pourquoi ont-ils quitté l’école ? et traverser la ligne — avec des contenus reformulés pour refléter les réalités congolaises.

Une co-construction pluridisciplinaire et partenariale

Le développement du kit s’est appuyé sur une co-construction impliquant Ipas RDC, Ipas Afrique francophone et les équipes techniques globales d’Ipas, ainsi que des partenaires académiques, notamment l’École de Santé Publique de Kinshasa et l’Université Houphouët Boigny.

Les adaptations ont mobilisé les cadres méthodologiques d’Ipas, les instruments juridiques nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’enfant, ainsi que des ressources produites par l’UNESCO et l’UNICEF. Ce processus a également mis en évidence le manque de littérature opérationnelle sur les VBG en milieu scolaire, renforçant la valeur ajoutée du kit comme outil de traduction des connaissances vers la pratique.

Mesurer les changements d’attitudes, au-delà des activités

Dès sa conception, le kit a intégré une dimension évaluative, à travers des tests appariés pré- et post-formation permettant de mesurer l’évolution des connaissances, des attitudes et du niveau d’appropriation des thématiques liées au genre, à l’inclusion et aux VBG.

Cette approche renforce la crédibilité du kit en tant qu’outil de capitalisation et d’apprentissage, au-delà d’un simple support de formation.

Former des relais du changement au sein du système éducatif

Afin de favoriser une appropriation durable et de préparer la mise à l’échelle, le projet a adopté une approche de formation des formateurs. Celle-ci a mobilisé des acteurs issus des ministères de l’Éducation et Nouvelle Citoyenneté (division de l’éducation à la vie courante), du Genre, Famille et Enfant, et de la Santé, Hygiène et Prévention (Programme national de la santé des adolescents), ainsi que du corps enseignant, des directions d’école et de la société civile, y compris des organisations représentant les femmes, les jeunes et les personnes vivant avec un handicap.

Pour nombre de participants, cette démarche constituait une première expérience de formation centrée sur l’examen critique de leurs propres valeurs, émotions et pratiques professionnelles.

Premiers effets observés et résistances persistantes

Les premières mises en œuvre ont permis de faire émerger des évolutions notables : une prise de conscience du caractère violent de certaines pratiques longtemps perçues comme normales, une clarification du rôle des enseignants et des comités de parents dans la prévention des violences, ainsi que l’amorce de mécanismes scolaires de prévention et de signalement.

Des résistances persistent néanmoins, notamment autour de l’abandon des châtiments corporels ou de l’acceptation des élèves non conformes au genre, confirmant que la transformation des normes sociales est un processus progressif.

Des enseignements clés pour le réseau GPE KIX

Cette expérience met en lumière plusieurs enseignements transférables pour le réseau GPE KIX :

  • l’importance d’outils reliant explicitement recherche, attitudes et pratiques institutionnelles ;
  • la pertinence d’approches participatives pour aborder des thématiques sensibles ;
  • l’intérêt d’intégrer, dès le départ, des mécanismes d’évaluation des changements d’attitudes.

Les prochaines étapes viseront la mise à l’échelle du kit, le renforcement de la sensibilisation directe des élèves et l’ancrage durable des approches d’écoles sûres et inclusives dans les politiques éducatives.

Un levier stratégique pour des systèmes éducatifs plus inclusifs

Pour Ipas Global, Ipas Afrique francophone et Ipas RDC, ainsi que leurs partenaires universitaires, ce kit constitue un levier stratégique de transformation des systèmes éducatifs, en plaçant la dignité, l’inclusion et la sécurité de chaque élève au cœur de l’action.

Dialogue national sur les droits à la santé sexuelle et reproductive en RDC : un levier stratégique pour l’autonomie corporel des femmes

Dialogue national sur les droits à la santé sexuelle et reproductive en RDC : un levier stratégique pour l’autonomie corporel des femmes

Organisé à Kinshasa en octobre 2025 par le ministère de la Santé, en partenariat avec Ipas RDC et rendu possible grâce au financement du FCDO dans le cadre du projet WISH2, le deuxième dialogue national sur la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive a rassemblé les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et la société civile, renforçant la collaboration entre les partenaires internationaux et les institutions nationales.

Quatre ans après la première édition de 2021, cette rencontre a marqué une étape décisive dans l’évolution des politiques et pratiques liées à l’avortement sécurisé en République Démocratique du Congo, en permettant d’évaluer les progrès accomplis, de mettre en évidence les défis persistants et de consolider une vision commune centrée sur l’autonomie corporelle et la dignité des femmes

The canadian delegation

Évaluer les progrès dans un contexte en transformation

Dans un environnement marqué par une forte stigmatisation de l’avortement, des interprétations juridiques restrictives et un engagement politique inégal, la tenue d’une seconde évaluation ne relevait pas d’un simple exercice de suivi. Elle répondait à une nécessité stratégique. Depuis 2021, l’écosystème de l’avortement et de la contraception en RDC a évolué dans un contexte instable, influencé à la fois par les priorités changeantes de l’agenda national et par une montée régionale et mondiale de discours conservateurs et anti‑droits.

Face à ces dynamiques parfois contradictoires, il était essentiel de disposer de données actualisées et objectives pour apprécier non seulement les progrès réalisés, mais aussi la résilience de l’écosystème. Cette seconde évaluation visait ainsi à éclairer l’action publique et le plaidoyer, à renforcer l’appropriation institutionnelle des enjeux et à consolider une vision commune fondée sur les droits, la santé et la dignité des femmes et des jeunes filles.

De l’état des lieux à l’objectivation du changement

Le premier dialogue national, organisé en 2021, a constitué une étape fondatrice. Pour la première fois en RDC, un diagnostic partagé de l’écosystème de l’avortement et de la contraception a permis de mettre en lumière les principaux goulets d’étranglement : faible connaissance des droits reproductifs, stigmatisation persistante, fragmentation des interventions et cadre institutionnel encore peu opérationnel malgré l’adhésion au Protocole de Maputo. Cet exercice a également ouvert un espace de dialogue inédit entre institutions publiques, partenaires techniques et société civile.

Women in DRC

Quatre ans plus tard, la seconde évaluation marque un changement d’ambition. Il ne s’agissait plus seulement de constater les écarts, mais d’objectiver les transformations engagées, d’identifier les domaines ayant progressé, stagné ou reculé, et d’orienter plus finement les choix stratégiques à venir. En mobilisant l’outil d’évaluation de l’écosystème durable de l’avortement et de la contraception, les parties prenantes ont pu passer d’un diagnostic initial à une lecture dynamique de l’évolution de l’écosystème, au service d’une action plus ciblée, cohérente et redevable.

Entre 2021 et 2025, l’écosystème est passé d’un état embryonnaire à une transformation mesurable, bien que fragile. L’analyse comparative des scores met en évidence des avancées notables dans certaines composantes, notamment l’accès à l’information et la mobilisation de ressources financières. Ces progrès témoignent d’une dynamique positive et d’une meilleure structuration des acteurs.

Cependant, plusieurs domaines clés connaissent une stagnation, voire une régression. Les normes sociales demeurent fortement marquées par des tabous, tandis que le soutien et le leadership politiques pâtissent d’un manque de continuité dans la mise en œuvre des recommandations. Le personnel et les services restent confrontés à des défis structurels, notamment l’insuffisance de formations adaptées, les réticences de certains prestataires et la pénurie de ressources humaines spécialisées. Cette dynamique contrastée rappelle que les avancées obtenues restent vulnérables sans un engagement politique et social renforcé.

 

A member of the canadian delegation

Le processus du dialogue et le leadership institutionnel

Women in DRC

Au‑delà des résultats, le deuxième dialogue national s’est distingué par la rigueur de son processus et par le leadership affirmé des institutions publiques. Organisé sur trois jours, il a permis une concertation structurée et une co‑construction des priorités, ancrées dans les orientations nationales. Le ministère de la Santé a joué un rôle central, tant par l’implication du ministre que par la présidence du processus assurée par le Secrétaire général à la Santé et l’engagement actif du Programme national de la santé de la reproduction (PNSR).

S’exprimant lors de l’ouverture, la Directrice du PNSR, Dr Anne‑Marie NTUMBA, a souligné la portée de cette démarche institutionnelle :

 « Ce dialogue s’inscrit dans une dynamique qui vise à promouvoir la santé et le bien‑être de toutes les femmes et jeunes filles de notre pays. Conformément à notre engagement institutionnel et interventionnel concernant le Protocole de Maputo, nous savons que les avortements non sécurisés restent l’une des causes principales des décès maternels dans notre pays. Il est de notre devoir de réfléchir afin d’offrir des services sûrs, de qualité et accessibles à tous ceux qui en ont besoin. »

Women in DRC

Les voix pour éclairer l’action

Les échanges ont également été nourris par des prises de parole fortes issues de la société civile et des professionnels de terrain. Mme Marie‑Chantal, magistrate et membre de l’Association des Femmes Magistrates du Congo (AFEMAC), a insisté sur la nécessité d’harmoniser les textes législatifs afin de transposer pleinement le Protocole de Maputo dans le droit national. De son côté, le Dr Berry Kikenda, de la Société Congolaise des Gynécologues Obstétriciens (SCOGO), a appelé à renforcer la sensibilisation communautaire pour briser les tabous persistants autour de l’avortement.

Vers une feuille de route pour l’autonomie corporelle des femmes

En définitive, ce deuxième dialogue national a contribué à repositionner l’État comme acteur clé de la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive, tout en renforçant l’accès à l’information et la coordination entre acteurs. Il a permis de faire évoluer le débat au‑delà d’une approche strictement technique, vers une vision résolument fondée sur les droits, la dignité et la responsabilité publique.

Group of people in the DRC

À l’issue des travaux, les parties prenantes se sont accordées sur la mise en œuvre d’une feuille de route 2025‑2028, qui sera portée par le Groupe de travail des soins complets d’avortement et de contraception centrés sur la femme, rattaché au ministère de la Santé. Ce cadre assurera le suivi, le plaidoyer et la coordination des actions, avec l’appui continu d’Ipas RDC, afin de transformer les constats en avancées durables pour la santé et l’autonomie corporelle des femmes en RDC.

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.

Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.

À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.

Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.

Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.

« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner, sans jugement. »

Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.

À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables, de qualité et respectueux des droits.

Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.

L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.

À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.

En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.