Pendant l’épidémie d’Ebola dans l’est de la RDC, Agnes, une jeune fille vivant avec un handicap auditif, a eu accès à des informations sur la santé sexuelle et reproductive adaptées à ses besoins. Son expérience montre qu’une communication inclusive est essentielle pour permettre aux adolescentes de faire des choix éclairés concernant leur santé et leur avenir.
Pour beaucoup d’adolescentes, comprendre son corps, connaître ses droits et accéder à des informations fiables sur la santé sexuelle et reproductive représente déjà un défi. Pendant l’épidémie d’Ebola qui a touché Beni, ce défi est devenu encore plus important pour les jeunes filles vivant avec un handicap, souvent confrontées à davantage d’obstacles pour accéder aux informations essentielles à leur santé et à leur protection.
À Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, Agnes fait partie d’une génération de jeunes filles qui grandissent dans un contexte marqué à la fois par les crises sanitaires, les conflits récurrents et les inégalités d’accès à l’information. Comme beaucoup d’autres jeunes filles sourdes et malentendantes, elle avait parfois le sentiment d’être laissée de côté. Alors que l’attention de tous était tournée vers la riposte contre Ebola, les besoins quotidiens des adolescentes en matière de santé sexuelle et reproductive continuaient pourtant d’exister.
Les informations sur la santé menstruelle, l’hygiène intime, la protection contre les violences ou encore les services de santé sexuelle et reproductive n’étaient pas toujours proposées sous une forme adaptée. Agnes savait que ces informations existaient, mais elles n’étaient pas toujours accessibles pour elle.
Tout a commencé à changer lorsqu’elle a participé à une activité organisée par Youth Alliance for Reproductive Health avec l’appui d’Ipas RDC dans le cadre de WISH2, une initiative du gouvernement britannique à travers le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO). Alors que l’épidémie compliquait l’accès à l’information et aux services pour de nombreuses communautés, cette activité visait à s’assurer que les adolescentes vivant avec un handicap ne soient pas laissées de côté.
Au cours de cette rencontre, les participantes ont échangé sur la santé menstruelle, l’hygiène intime et la protection contre les violences. Grâce à des démonstrations pratiques et à une approche adaptée à leurs besoins, Agnes a pu participer pleinement aux discussions, poser ses questions et mieux comprendre des sujets qui restent encore trop souvent entourés de silence ou de tabous.
Pour elle, le changement le plus important ne se résume pas au contenu de la séance. C’est le sentiment d’être enfin prise en compte.
« Aujourd’hui, je me sens écoutée, considérée et surtout incluse. Je sais que moi aussi, j’ai le droit à l’information, aux soins et à la protection. Pour moi, c’est ça l’inclusion : ne laisser personne de côté, surtout quand il s’agit de notre santé et de notre dignité. »
Son témoignage rappelle une réalité souvent oubliée : l’accès à l’information est une condition essentielle du pouvoir de choisir. Lorsqu’une adolescente ne peut pas accéder à des informations adaptées à son âge ou à sa situation, elle risque davantage d’être exposée aux grossesses non désirées, aux violences ou à l’exclusion des services de santé.
Selon Christelle Ambiti, point focal de YARH-DRC à Beni, les jeunes filles sourdes et malentendantes rencontrées continuent de faire face à des difficultés importantes pour accéder aux informations et aux services de santé sexuelle et reproductive. Dans un contexte marqué à la fois par les risques liés à Ebola, les inégalités d’accès et les violences auxquelles les adolescentes peuvent être confrontées, l’information constitue une première ligne de protection.
Elle rapporte également que cinq jeunes filles ont abandonné l’école à la suite de grossesses précoces et non désirées. Derrière ces chiffres se trouvent des projets interrompus, des opportunités perdues et des adolescentes dont les choix se trouvent limités par un manque d’information ou de services adaptés.
Pour les équipes de terrain, la réponse ne peut donc pas se limiter à rendre les services disponibles. Les informations doivent également être accessibles, compréhensibles et adaptées aux besoins de chaque fille afin qu’elle puisse prendre des décisions éclairées concernant sa santé et son avenir.
L’histoire d’Agnes montre que l’inclusion commence souvent par quelque chose de simple : rendre l’information accessible. Même en période de crise sanitaire, les besoins des adolescentes en matière de santé sexuelle et reproductive ne disparaissent pas. Au contraire, garantir un accès équitable à l’information devient encore plus important pour que chaque fille puisse protéger sa santé, poursuivre ses études et faire des choix éclairés pour son avenir.


