Mon handicap n’est pas un frein : Paul, un acteur communautaire engagé pour le changement de mentalité à Kinsenso

Très tôt, Paul Kwami a été diagnostiqué avec un handicap. Né dans une famille de sept enfants, il est le seul à vivre avec cette condition. Aujourd’hui âgé de 25 ans, Paul bien que président de l’association des jeunes handicapés unie pour le développement de Kinsenso (AJHUKAD), œuvre comme relais communautaire (RECO) dans la zone de santé de Kisenso , où il sensibilise les habitants de huit avenues sur vingt-deux dans l’aire de santé REGIDESO.
Son parcours n’a pas été simple. Au départ, Paul Kwami s’auto-stigmatisait et doutait de sa capacité à devenir RECO, craignant le regard des autres. Lors des formations organisées par Ipas RDC, il s’est présenté malgré ses hésitations.
« Lorsque je suis arrivé, j’ai été bien accueilli. Je me suis senti utile et à ma place »,
confie-t-il.
Paul Kwami entrain de sensibiliser les membres de la communauté
Les personnes vivant avec handicap en RDC restent fortement marginalisées dans l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, en raison des préjugés, du manque d’informations adaptées et de la stigmatisation, alors même que leur implication dans la sensibilisation communautaire est essentielle.
Comme Paul, de nombreuses personnes en situation d’handicap à Kinshasa subissent la stigmatisation. Celle-ci touche également les femmes et les filles qui utilisent les services de santé sexuelle et reproductive, souvent en raison du manque d’information et des attitudes négatives dans la communauté.
Les recherches menées par l’école de santé publique en 2024 montrent que le niveau de connaissance sur la contraception reste faible, environ 50,1 % des personnes pensent qu’une femme court un danger en utilisant une méthode contraceptive de son choix, tandis que 70,7 % estiment que les femmes ne devraient pas accéder à la contraception sans l’autorisation d’un tiers. Pourtant, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est un droit fondamental pour chaque femme et chaque fille en RDC.
De gauche à droite : l’infirmier titulaire, Paul, l’AC de Kinsenso et l’officier en engagement communautaire Ipas devant le centre de sante de Reference de REGIDESO
Les avancées grâce au Protocole de Maputo
L’adhésion et la ratification, en 2003, du Protocole de Maputo, protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes, ont marqué un tournant majeur. Ce texte reconnaît le droit des femmes à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive dans son article 14, et oblige les États à autoriser l’avortement médicalisé dans certains cas (viol, inceste, danger pour la santé physique ou mentale de la mère, malformation grave du fœtus).
Ces avancées traduisent pleinement la mission d’Ipas RDC, en facilitant l’accès aux services de planification familiale à travers la sensibilisation de proximité au sein des communautés et le référencement assuré par les relais communautaires ; en garantissant la qualité des services en formant les prestataires de santé et en assurant l’approvisionnement en commodités ; et enfin, en plaçant les bénéficiaires au centre de son action en offrant des soins sécurisés et centrés sur les droits des femmes et des filles.
Ipas RDC oeuvre dans l’accompagnement communautaire
À Kisenso, commune populaire de Kinshasa confrontée à de nombreux défis sanitaires, Ipas RDC a renforcé le système de santé local en formant des relais communautaires (RECO). Ipas RDC a équipé des centres de santé, fourni les médicaments et développé les capacités des prestataires. Les sessions de formation sur la clarification des valeurs et attitudes (VCAT) ont permis d’améliorer la compréhension des droits sexuels et reproductifs, à sensibiliser sur les violences basées sur les genres (VBG) et de promouvoir les soins complets d’avortement sécurisé (SCACF).
Paul témoigne :
« Aujourd’hui, j’ai gagné la confiance de ma communauté. Les femmes viennent me voir en privé pour demander conseil, et je les réfère à la maternité de REGIDESO. »
Grâce à ces efforts et avec l’appui financier des Affaires Mondiales Canada (GAC), le bouquet des services sur la DSSR et l’avortement sécurisé a été intégrés à la maternité de REGIDESO. Dans cette structure de santé, les femmes bénéficient de services complets en santé sexuelle et reproductive, la planification familiale, les consultations prénatales, la prise en charge des VBG et l’accès à l’avortement sécurisé et sans stigmatisation. Pour garantir la confidentialité et l’accès rapide aux soins, Ipas RDC a mis en place un circuit de référencement sécurisé. Deux agents médicaux qualifiés, formés par Ipas RDC, assurent la prise en charge des cas de soins complets d’avortement sécurisé (SCACF).
Selon l’étude menée par l’École de Santé Publique, 68,4 % des Kinois pensent que l’avortement n’est pas autorisé en RDC et 56,1 % estiment que les femmes ne devraient pas se faire avorter en toute sécurité. Ces chiffres traduisent un niveau élevé de méconnaissance et des attitudes négatives persistantes vis-à-vis des droits reproductifs des femmes.
Malgré la stigmatisation et le manque d’information, les relais communautaires (RECO) ont réussi à lever des barrières importantes en sensibilisant les femmes à la planification familiale et en réduisant les risques liés aux avortements clandestins. Entre juin et décembre 2025, grâce aux soins complets d’avortement sécurisé centrés sur la femme (SCACF) et au travail de proximité des RECO, 98 femmes ont échappé au décès maternel, notamment parmi celles âgées de 15 ans et plus.
Cette corrélation démontre que, même dans un environnement marqué par la désinformation et des attitudes souvent défavorables, l’action communautaire et le renforcement des services de santé ouvrent la voie à des soins de qualité accessibles aux femmes.
À Kisenso, huit structures sanitaires appuyées par Ipas RDC offrent des services de santé sexuelle et reproductive, garantissant à chaque femme et chaque fille un accès équitable, sans exclusion ni stigmatisation.


