Mon corps, Ma décision ! Le parcours de Matondo

Dans plusieurs cultures, donner naissance est perçu comme un symbole de joie et de bénédiction. Pourtant, cette joie peut s’éteindre lorsque l’un des conjoints se désengage et refuse d’assumer la grossesse, laissant la femme seule face aux responsabilités et à un profond déséquilibre psychologique et social.
Cette réalité vécue par de nombreuses femmes, confrontées au désengagement de leur conjoint, reflète un problème plus large en République démocratique du Congo, où l’accès limité aux méthodes de planification familiale accentue leur vulnérabilité face aux grossesses non désirées.
En République démocratique du Congo, la prévalence d’utilisation des méthodes contraceptives modernes reste faible : seulement 10,9 % des femmes en union y ont recours (EDS 2023/2024). Plus alarmant encore, 32 % des femmes mariées ou en union souhaitant espacer ou limiter les naissances n’ont pas accès aux méthodes de planification familiale de leur choix. En 2024, la demande satisfaite en planification familiale n’était que de 21 %.
Le parcours de Matondo
Matondo (nom d’emprunt), âgée de 26 ans, est une mère célibataire d’une petite fille de 4 ans. Elle s’est retrouvée enceinte sans le savoir, car son cycle menstruel est irrégulier.
« « Mon cycle menstruel est irrégulier, et si je dis savoir calculer mon cycle, ce serait un mensonge : je ne sais pas le faire »«
confie-t-elle.
Lorsqu’elle découvre sa grossesse à deux mois, elle est stupéfaite : le premier mois, elle avait encore ses menstrues. Son conjoint refuse de reconnaître la grossesse et l’abandonne. Elle se sent incapable de laisser évoluer la grossesse, partagée entre la pression sociale, la peur de l’avenir et l’absence totale de soutien du père de l’enfant.
« J’avais des pensées multiples concernant cette grossesse. Je me questionnais sur ma capacité à prendre en charge l’enfant à naître, d’autant plus que je vivais chez ma tante. J’étais perdue dans mes réflexions, c’est ainsi que j’ai décidé de venir au Centre d’Excellence au sein de la Maternité de Kintambo »
Avortement sécurisé et Protocole de Maputo
Avant l’adhésion de la RDC au Protocole de Maputo en 2018, de nombreuses femmes n’avaient aucun moyen d’accéder à un avortement sûr et encadré. Elles étaient contraintes de recourir à des pratiques clandestines et précaires, les exposant à de graves complications telles que des infections, des hémorragies ou même le décès.
Le Protocole de Maputo, additionnel à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, reconnaît le droit des femmes à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive. Son article 14 oblige les États à autoriser l’avortement médicalisé dans certains cas : viol, inceste, danger pour la santé physique ou mentale de la mère, ou malformation grave du fœtus.
L’accompagnement de la cliente
Dans le cas de Matondo, la sage‑femme qui l’a prise en charge a souligné l’importance de son état psychologique.
« En la recevant, Matondo était très affectée mentalement. Elle se trouvait face à une situation qu’elle n’arrivait pas à gérer », explique Mme Aimée Olenga. « Matondo m’a confié qu’elle voyait deux options : soit recourir à l’avortement, soit mettre fin à ses jours. »
Après l’intervention, Matondo confie que tout s’est bien passé et qu’elle se sent désormais apaisée. Mme Aimée Olenga rappelle que l’accompagnement psychologique est une étape essentielle, car il permet aux patientes de retrouver confiance en elles et de se projeter sereinement dans l’avenir.
Le rôle d’Ipas RDC
L’expérience de Matondo illustre combien l’accès à des soins respectueux, fondés sur les droits et la dignité, dépend d’un environnement de santé solide et bien structuré.
Ipas RDC œuvre à la construction d’un écosystème d’avortement durable afin de permettre aux femmes d’exercer pleinement leurs droits en santé sexuelle et reproductive. Dans ce cadre, l’organisation soutient la mise en œuvre des soins complets d’avortement centrés sur la femme (SCACF) en renforçant le système de santé, en particulier les capacités des prestataires de soins.
L’écoute active, le soutien émotionnel et le counseling respectueux relèvent de l’approche fondée sur les droits humains et la qualité des soins promue par Ipas, qui encadre la manière dont les services sont délivrés. La planification familiale s’inscrit comme une composante essentielle du continuum de santé et de droits sexuels et reproductifs.
Avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment le Royaume des Pays-Bas, le Canada et la Suède, Ipas a mis en place un réseau de centres d’excellence en RDC (Kinshasa, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo, et Tshikapa). Ces investissements structurants renforcent durablement l’accès des femmes et des jeunes filles à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, contribuant concrètement à la réduction de la morbi-mortalité maternelle et à la réalisation de leurs droits.
Ces centres offrent des services sécurisés d’avortement et de planification familiale, réduisant ainsi les risques liés aux pratiques clandestines et améliorant la prise en charge des femmes et adolescentes.


