Faire le lien entre politiques et pratiques : comment les mécanismes de responsabilisation communautaire garantissent l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive en RDC

Obtenir des lois progressistes, telles que le Protocole de Maputo, constitue une étape importante dans la réalisation des droits sexuels et reproductifs. La transformation de ces lois progressistes en services tangibles, équitablement accessibles sans stigmatisation, sans surfacturation ni rejet, est un parcours qui exige une appropriation locale et des mécanismes de redevabilité communautaire efficaces.
Depuis la publication du Protocole de Maputo au Journal officiel de la RDC, faisant de ce dernier une loi applicable dans le pays, Ipas RDC travaille sans relâche avec le ministère de la Santé pour rendre possible l’offre de services d’avortement sécurisé.
Au-delà des progrès réalisés par le ministère de la Santé dans le développement des normes et directives, des stratégies et modules de formation des prestataires et dans la disponibilisation des commodités dont le Mifepack, l’accès réel aux services d’avortement sécurisé demeure un véritable défi pour les femmes, en particulier les adolescentes et les jeunes filles.
Les voies d’accès restent parsemées de barrières et le système de santé n’est pas non plus à l’abri de la stigmatisation des clientes, du rejet et des jugements, particulièrement pour les adolescentes, les jeunes et les personnes vivant avec handicap.
Conscient de ces défis, Ipas RDC a intégré depuis 3 ans le renforcement des mécanismes de redevabilité communautaire, tirant profit des structures établies par le ministère de la Santé au niveau local : le Comité de Développement des aires de Santé, le « CODESA » en sigle.
Rôle et fonctionnement des CODESA
Les comités de développement des aires de santé (CODESA) sont des structures communautaires mises en place au niveau des zones de santé pour renforcer la participation de la communauté dans la gestion et l’amélioration des services de santé. Ils regroupent des leaders communautaires, des femmes et des jeunes, ainsi que d’autres acteurs clés, et jouent un rôle central dans la mobilisation communautaire, le plaidoyer local et le suivi des services de santé.
Ils constituent un pont entre la communauté et les structures sanitaires, en facilitant le dialogue, en relayant les préoccupations des populations et en soutenant les initiatives visant à améliorer la qualité et l’accessibilité des soins.
Apport d’IPAS
Ipas RDC accompagne les CODESA à travers, premièrement, le renforcement des capacités de leurs membres sur la santé sexuelle et reproductive, l’avortement sécurisé, la planification familiale et la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre (VBG), afin d’améliorer leur compréhension et leur rôle dans la promotion de ces services. Ensuite, pour améliorer leur fonctionnement et leur coordination avec les zones de santé ; et enfin, Ipas soutient les CODESA dans les activités de sensibilisation communautaire et de plaidoyer, visant à réduire la stigmatisation, briser les barrières socioculturelles et favoriser l’intégration et l’utilisation des services d’avortement sécurisé, de contraception et de prise en charge des survivantes de VBG.
C’est dans cette même optique que s’est tenue, le 22 janvier 2026, dans la Zone de santé de Kimbanseke, l’installation officielle du bureau du Comité de Développement des aires de Santé (CODESA) avec l’appui financier et technique de Ipas, grâce au financement des Affaires mondiales canadiennes (GAC). M. Patience Lisika, Conseiller en mobilisation communautaire chez Ipas, a souligné que trois éléments clés assurent la durabilité des interventions en santé : la redevabilité communautaire, la participation citoyenne et la collaboration entre la communauté et les systèmes de santé.
Ces élections du président de CODESA constituent une étape importante dans le renforcement du système de santé communautaire et de la participation citoyenne dans la gestion des services de santé. La cérémonie s’est tenue à la maison communale de Kimbanseke, en présence des autorités politico-administratives et sanitaires, notamment le Bourgmestre de la commune, le Médecin Chef de Zone (MCZ), le Chef de Division (CD), ainsi que d’autres parties prenantes.
Le Bourgmestre de la commune de Kimbanseke, M. Ngonga Kidumu Jeancy, a salué la mobilisation des communautés et souligné l’importance du CODESA comme cadre de gestion et de promotion de la santé, servant de pont entre les services de santé et la communauté. Il a exhorté le président et son bureau à collaborer étroitement avec les autorités sanitaires, les infirmiers titulaires et les leaders communautaires, et a réitéré l’engagement de la commune à accompagner toute initiative visant le bien-être de la femme et de la jeune fille.
Ce processus électoral a débuté le 23 décembre dernier dans les 11 aires de santé de la Zone de santé de Kimbanseke, avec l’élection des présidents des CODESA (Présicodesa) par les relais communautaires, représentants des communautés locales.
À l’issue de cette première étape, les 11 Présicodesa élus ont procédé à l’élection du bureau de l’Union des CODESA (UCODESA), organe de coordination et de représentation communautaire au niveau de la zone de santé. À l’issue du scrutin, Monsieur David Makele a été élu président de l’UCODESA et officiellement installé avec son bureau, composé des 11 Présicodesa représentant les différentes aires de santé de Kimbanseke, ce jeudi 22 janvier 2026.
Le président élu de l’UCODESA a exprimé sa gratitude pour la confiance accordée et s’est engagé à travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires, les leaders communautaires et les partenaires, afin de renforcer les liens entre la communauté et les systèmes de santé et de faciliter l’accès aux soins.
Cet appui de Ipas s’inscrit dans le cadre d’une avancée significative pour le système de santé, marquant le renforcement d’un mécanisme structuré de participation communautaire, essentiel pour favoriser la confiance entre les populations et les structures de santé.


