Déplacée, Oui…mais j’ai le droit de décider de mon corps !

Mar 25, 2026

Sexuality Education
Self-Managed Abortion
Humanitarian Settings

Quand le projet Makoki ya Muasi redonne aux femmes le pouvoir de choisir, même en contexte de crise humanitaire.

À 32 ans, Amani (nom d’emprunt) mère de cinq enfants, vit dans le camp de déplacés Alpha, à Beni dans la province du Nord – Kivu. Comme des milliers d’autres familles ayant fui les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo, son quotidien est marqué par la précarité, l’incertitude et une lutte permanente pour assurer la survie de ses enfants.

« La vie dans le camp est très difficile. Parfois, je ne sais même pas ce que mes enfants vont manger le lendemain. Chaque jour est un combat pour leur offrir au moins un peu de nourriture et de sécurité »,

confie-t-elle.

Dans cet environnement instable, où l’accès aux services de base est limité et où les priorités semblent se réduire à la survie immédiate, la perspective d’une nouvelle grossesse représentait pour elle une angoisse constante. Comment continuer à protéger et nourrir ses enfants alors que les ressources manquent déjà ? Comment préserver sa santé dans un contexte où les choix semblent imposés par les circonstances ?

Une rencontre décisive au cœur du camp

C’est dans ce contexte que la trajectoire de Amani commence à changer. Un jour, elle participe à une séance de sensibilisation organisée dans le camp par les Mashujaa, Un tournant s’opère lorsque Amani entre en contact avec les Mashujaa, un réseau de jeunes engagés dans l’information, l’accompagnement et l’orientation des femmes et des filles vers des services de santé sexuelle et reproductive fondés sur les droits.

À travers ces échanges, elle découvre que la planification familiale n’est pas un service réservé aux contextes stables, mais un droit fondamental. Elle réalise qu’il s’agit d’un élément essentiel pour la santé des femmes et le bien-être des familles, y compris et surtout en situation de déplacement suite aux conflits armés.

Encouragée par les informations reçues et rassurée par l’approche bienveillante des Mashujaa, Amani décide de franchir une étape supplémentaire.

Accéder aux services pour reprendre le contrôle sur sa maternité

Elle se rend alors au Centre de Santé BUTSILI dont le personnel soignant a bénéficié de renforcement des capacitéspar le ministère de la Santé en collaboration avec Ipas RDC. Ce prestataire lui offre un accompagnement de qualité, fondé sur l’écoute, le respect et l’information. Ensemble, ils identifient une méthode de planification familiale adaptée à sa situation, à ses besoins et à ses choix.

« Aujourd’hui, je me sens soulagée. Je peux mieux m’occuper de mes enfants sans vivre dans la peur d’une nouvelle grossesse alors que nous traversons déjà tant de difficultés »,

Pour Amani, l’accès à ces services représente bien plus qu’un acte médical. le retour d’un sentiment de contrôle sur sa propre vie, dans un contexte où tout semblait lui échapper. Désormais, elle peut se concentrer sur l’essentiel : protéger sa santé, prendre soin de ses enfants et envisager l’avenir avec davantage de sérénité. Grâce à l’accès à l’information et aux services de planification familiale, elle retrouve peu à peu un sentiment de contrôle sur sa vie. Dans un contexte marqué par le déplacement et l’incertitude, Amani peut désormais concentrer ses efforts sur l’essentiel : protéger sa santé et offrir un avenir meilleur à ses enfants. Inspirée par son expérience, elle n’hésite pas à encourager d’autres femmes du camp à s’informer sur la planification familiale afin de mieux prendre soin d’elles-mêmes et de leurs familles.

Agir là où les besoins sont les plus urgents

L’histoire d’Amani illustre l’impact recherché par Ipas RDC, dont l’objectif est de réduire les inégalités d’accès à la santé sexuelle et reproductive en République démocratique du Congo, en mettant un accent particulier sur les femmes et les filles vivant dans des contextes de crise et de forte vulnérabilité.

Cette intervention s’inscrit dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre par Ipas RDC avec l’appui de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida). Le projet vise à garantir aux femmes et aux filles, y compris dans les contextes les plus fragiles et touchés par les crises, l’accès à une information fiable et à des services de santé sexuelle et reproductive de haute qualité, tout en contribuant à la réduction des violences basées sur le genre ainsi que des grossesses non désirées. ainsi que des grossesses non désirées.

Mis en œuvre notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, du Kasaï et à Kinshasa, le projet combine plusieurs leviers d’action :

  • le renforcement des capacités des acteurs communautaires, comme les Mashujaa, afin de diffuser une information fiable et de lutter contre les tabous et la stigmatisation ;
  • l’amélioration de l’accès aux services de planification familiale et de santé reproductive, y compris en contexte humanitaire ;
  • et le soutien aux structures de santé locales, pour garantir un accompagnement respectueux, fondé sur les droits et les choix des femmes.

Grâce à cette approche intégrée, des milliers de femmes et de filles ont pu être informées, orientées et accompagnées vers des services adaptés, avec des changements positifs observés tant au niveau individuel que communautaire.

Redonner espoir, même en situation de crise humanitaire

Dans le camp de déplacés Alpha, comme dans de nombreuses autres communautés touchées par les crises, Ipas RDC démontre qu’il est possible d’agir efficacement, même dans des contextes marqués par l’urgence et l’instabilité.

Pour Amani, cette action s’est traduite par un changement concret et durable, la possibilité de décider pour son corps, malgré le déplacement, malgré la précarité. Une décision qui lui permet aujourd’hui de regarder l’avenir avec un peu plus d’espoir, pour elle et pour ses enfants.