Au cœur des soins qui sauvent des vies : être sage-femme en contexte humanitaire

Dans les zones de conflit, où l’insécurité menace chaque jour la vie des populations, les sage-femmes constituent souvent la première– et parfois la seule ligne de protection entre les femmes et les risques mortels liés à la maternité et à la santé reproductive. À 34 ans, Kavira Alphonsine est sage-femme au Centre de Santé Kanzulinzuli, dans la région de Beni.
Chaque jour, elle se tient au premier rang de la réponse sanitaire apportée aux femmes et aux filles confrontées à des grossesses non désirées, aux conséquences des violences sexuelles et aux obstacles persistants à l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, dans un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements massifs des populations.
À travers son travail, Kavira incarne le rôle clé des sage-femmes dans la mise en œuvre des Soins Complets d’Avortement Centrés sur la Femme (SCACF) et des services de planification familiale, conformément aux normes nationales issues de la domestication du Protocole de Maputo, qui reconnaît le droit des femmes et des filles à accéder à des soins d’avortement sécurisé dans des situations clairement définies. Ces appuis ont constitué un véritable tremplin pour renforcer son rôle de sage‑femme dans un contexte humanitaire complexe, où chaque compétence acquise se traduit par une meilleure protection de la santé et des droits des femmes et des filles.
Ses compétences ont été renforcées grâce aux formations, supervisions etespaces d’apprentissages entre pairs soutenus par Ipas RDC, dans le cadre du projet Makoki ya Mwasi, mis en œuvre avec l’appui de l’Agence Suédoise de Coopération Internationale au Développement (SIDA). Ces renforcements de capacités lui ont permis d’approfondir sa compréhension de l’avortement sécurisé non pas comme une question morale, mais comme un enjeu majeur de santé publique et de droits humains, particulièrement dans une zone affectée par les conflits armés où les violences sexuelles sont fréquentes.
Au fil des consultations, Kavira accompagne les femmes et les adolescentes dans des parcours souvent marqués par la peur, la désinformation et la stigmatisation. Son rôle dépasse l’acte clinique. Elle informe, écoute et explique, afin de permettre à chaque cliente de faire un choix libre et éclairé, qu’il s’agisse de l’adoption d’une méthode de planification familiale ou de l’accès à des soins d’avortement sécurisé, dans le respect de la confidentialité, de la dignité et des normes médicales. Au fil des consultations, Kavira offre bien plus qu’un service médical. Elle crée un espace sûr où chaque femme peut être écoutée, informée et accompagnée sans jugement.
« Chaque femme qui franchit la porte de cette structure a le droit d’être écoutée et respectée dans sa décision », explique-t-elle. « Beaucoup arrivent avec des doutes ou de la peur. Mon travail consiste à leur montrer qu’elles ont des options légales et sécurisées, et que le système de santé est là pour les accompagner,sans jugement. »
Grâce à cette approchecentrée sur la personne, des femmes qui redoutaient autrefois les méthodes contraceptives choisissent aujourd’hui celles qui correspondent à leur situation et à leurs projets de vie. Des adolescent(e)s, souvent réduites au silence par les tabous entourant la sexualité, trouvent auprès d’elle un espace sûr pour poser leurs questions et accéder à des services adaptés. Chaque accompagnement contribue à renforcer l’autonomie corporelle des femmes et des adolescentes, tout en facilitant l’accès a des services de santé sexuelle et reproductive de qualité, essentiels pour réduire les risques associes aux grossesses non désirées et aux avortements non sécurisé.
À travers l’engagement de prestataires comme Kavira, Ipas RDC contribue concrètement au renforcement du système de santé, en alignement avec les orientations du ministère de la Santé et du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR). En soutenant la formation continue des sage-femmes, l’intégration des services SCACF et la diffusion des normes issues du Protocole de Maputo, l’organisation œuvre pour des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, acceptables,de qualité et respectueux des droits.
Pour Kavira Alphonsine, être sage-femme dans ce contexte est bien plus qu’un métier.C’est un engagement quotidien pour sauver des vies, restaurer la dignité et renforcer le pouvoir de décision des femmes et des filles, même dans les environnements les plus fragiles. Son parcours illustre comment, grâce à un accompagnement institutionnel structuré et à un cadre légal protecteur, les prestataires de santé deviennent des actrices essentielles de la justice reproductive et du changement durable.
L’appui apporté par Ipas RDC au renforcement des capacités des sages-femmes a généré un impact durable sur la qualité, l’accessibilité et l’humanisation des services de santé sexuelle et reproductive. En consolidant durablement les compétences des prestataires, cette intervention a permis aux Etablissements de santé d’offrir des soins complets d’avortement sécurisés centrés sur la femme (SCACF) et des services de planification familiale alignés sur le cadre légal national et le Protocole de Maputo.
À travers des formations continues, des supervisions formatives et un accompagnement de proximité, les sages-femmes adoptent désormais une approche fondée sur les droits humains, caractérisée par la réduction de la stigmatisation et des jugements, ainsi qu’une amélioration significative de la relation soignant-soignée. Cette dynamique renforce la confiance des femmes et des adolescentes envers les services de santé et garantit la continuité de soins de qualité, y compris en contexte humanitaire.
En définitive, cette approche contribue à réduire les risques associés aux grossesses non planifiées et aux avortements non sécurisés, tout en renforçant la résilience du système de santé local.


