Fighting against gender-based discrimination in schools : Guaranteeing the right to education of pregnant adolescent girls and unwed mothers in Kinshasa.
Clubs scolaires DSSR au Kasaï : la connaissance des droits pour préserver la vie des élèves
Dans la province du Kasaï, une évaluation de l’écosystème CTS (Child Marriage, Teen Pregnancy, School Dropout) a conduit à la création de clubs scolaires dans six établissements : l’Institut de Tshikapa, l’Institut Maker Mwangu, l’Institut Tshikunga, l’Institut Diketemene, l’Institut Kene et le Lycée Disanka.
En révélant une situation préoccupante marquée par une forte prévalence du mariage précoce, des grossesses chez les adolescentes et du décrochage scolaire, cette évaluation a mis en lumière des problématiques étroitement liées qui freinent l’épanouissement des jeunes filles.
Les données de l’enquête MICS 2017‑2018 indiquent que 54 % des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant l’âge de 18 ans au Kasaï, contre 29 % au niveau national. Entre 2021 et 2024, 425 cas de mariages précoces ont été enregistrés dans la province, impliquant majoritairement des filles âgées de 15 à 17 ans.
Les clubs DSSR : des espaces sûrs et transformateurs
En renforçant les connaissances des élèves à travers des formations structurées, en développant les compétences des enseignants pour animer des sessions sur l’éducation sexuelle complète et en promouvant l’engagement des jeunes dans la sensibilisation de leurs pairs, ces clubs scolaires se sont imposés comme des espaces sûrs et transformateurs.
Chaque club, composé de vingt membres (douze filles et huit garçons), est formé, avec l’appui technique de Ipas RDC, pendant trois mois sur huit modules allant de la prévention des IST/VIH aux grossesses et mariages précoces, en passant par les relations humaines, le consentement, la notion de genre et l’engagement communautaire.
En formant cent vingt élèves et en les amenant à restituer leurs acquis auprès de mille quatre cents camarades, en organisant un concours interscolaire qui a mobilisé près de six mille participants et en consacrant l’Institut Tshikunga champion du Trophée Makoki ya Mwasi 2025, cette initiative a démontré son efficacité.
Cette année, la deuxième édition (2025‑2026) a été officiellement lancée au Lycée Disanka, en présence des autorités scolaires provinciales, des enseignants, des parents et de plus de huit cents élèves, marquant une nouvelle étape dans l’engagement communautaire pour la santé sexuelle et reproductive des jeunes.
L’éducation des adolescentes : un défi majeur
Les clubs scolaires DSSR s’inscrivent dans une réponse à une réalité préoccupante. En RDC, 66,3 % des élèves ayant abandonné l’école en 2017‑2018 étaient des filles, la grossesse étant l’un des principaux motifs. Une enquête menée à Kinshasa par le Service National Femme et Développement du Ministère du Genre, Famille et Enfant a montré que, malgré la loi autorisant les filles enceintes à poursuivre leur scolarité, les obstacles persistent.
En 2013 déjà, les taux d’abandon scolaire dépassaient 22 % en première et dernière année du primaire. Sur près de 3 millions d’enfants inscrits en première année, environ 700 000 avaient quitté le système en cours ou à la fin de l’année. De plus, 305 000 élèves avaient abandonné avant la fin de la 6ᵉ année sur 1 370 000 inscrits. Ces chiffres illustrent l’ampleur du problème et la nécessité d’interventions coordonnées.
Malgré ces réalités persistantes, les clubs scolaires ont servi de leviers pour éveiller les consciences des élèves, comme le témoigne Joseph Muyaya, préfet de l’Institut Maker Mwangu :
« Le constat que nous avons fait à la fin de l’année est remarquable, nous avons enregistré zéro cas de grossesse chez les filles. Ce fut une année où nous étions particulièrement heureux. »
Au‑delà de ce résultat, il a souligné un changement de comportement, les filles ne se plaignaient plus de harcèlements et étaient désormais capables de se protéger, de faire valoir leurs droits et de les maîtriser.
Vers une génération consciente et résiliente
Portés par Ipas RDC avec l’appui du projet Norad, les clubs scolaires DSSR démontrent que l’engagement communautaire ne se limite pas à sensibiliser. Il prépare concrètement les adolescentes et adolescents à connaître leurs droits, à les défendre et à les mettre en pratique.
La clôture des activités est prévue en mai avec le concours interscolaire « Makoki Ya Mwasi » deuxième édition, une célébration de l’intelligence, du courage, de la créativité et de l’engagement des élèves.
La ligne verte 122 : un outil de protection et de référencement sans discrimination des survivantes de VBG
L’adhésion de la République démocratique du Congo au Protocole de Maputo, relatif aux droits des femmes en Afrique, a suscité beaucoup d’espoir pour des millions de femmes et de jeunes filles congolaises. Le gouvernement a pris des mesures pour transformer cet acquis historique en services tangibles, accessibles sans stigmatisation ni rejet. Les normes et directives des soins complets d’avortement centrés sur la femme, élaborées par le ministère de la santé à travers le Programme national de santé de la reproduction avec l’appui d’Ipas RDC et de la société civile, marquent une étape cruciale dans la mise en œuvre du Protocole.
Malgré ces avancées, l’efficacité réelle des services restait incertaine. Les contradictions entre le Protocole et la législation nationale, la stigmatisation persistante et la crainte des clientes d’être arrêtées freinaient l’accès. Garantir des voies sûres et durables vers l’information adaptée au contexte local demeurait un défi majeur.
C’est dans ce cadre qu’Ipas RDC, en collaboration avec la Coordination en charge de la jeunesse et de la lutte contre les violences basées sur le genre au sein du Cabinet du Président de la République, a renforcé la ligne verte nationale. Celle-ci permet aux survivantes de dénoncer les violences sexuelles et basées sur le genre, de solliciter une assistance d’urgence et de bénéficier d’une prise en charge médicale spécialisée. L’extension de la ligne 122 vers les Centres d’Excellence de Kintambo et Makala offre désormais la possibilité d’être directement connectée à une sage-femme ou à un médecin, traduisant les lois progressistes en services concrets.
Dans sa mission de protection et de promotion des droits sexuels et reproductifs, Ipas RDC a formé douze agents du call center à Kinshasa. Pendant quatre jours, ils ont appris l’écoute active pour une prise en charge respectueuse, la communication sur le Protocole de Maputo et l’avortement sécurisé, le référencement sans discrimination vers les services médicaux, psychosociaux et juridiques, ainsi que la clarification des valeurs et attitudes face à l’avortement. À l’issue de cette formation, les agents se sont engagés à respecter les droits sexuels et reproductifs et à orienter les clientes vers les centres d’excellence.
Avec l’appui du fond suédois, Ipas RDC soutient l’expansion de la ligne 122 afin de renforcer l’accessibilité des services pour les survivantes, accroître son utilisation par les communautés et répondre plus efficacement aux besoins urgents des survivantes de violences basées sur le genre.
Face à la recrudescence des violences en République Démocratique du Congo, la Présidence et le ministère du Genre, Famille et Enfant ont mis en place cette ligne téléphonique gratuite pour signaler en toute sécurité les cas de violences sexuelles, domestiques, d’exploitation ou d’abus. Le 122 constitue aujourd’hui un mécanisme essentiel pour orienter les victimes, témoins ou proches vers une prise en charge rapide et adaptée. Son objectif est de garantir un accès immédiat et confidentiel aux survivantes, de faciliter leur référencement vers les structures compétentes et de promouvoir une réponse coordonnée et holistique aux besoins des victimes.
Investir dans la santé sexuelle et génésique pour accélérer le programme d’équité entre les sexes
Le développement d’une nation est inextricablement lié à son investissement dans les droits, l’éducation et la santé des jeunes filles et des femmes. Le vendredi 8 mars 2024, le monde entier a célébré la Journée internationale des droits de la femme sur le thème « Investir dans les femmes : Accélérer le progrès », exhortant toutes les nations non seulement à reconnaître ses réalisations, mais aussi à tirer la sonnette d’alarme sur les actions ciblées nécessaires pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, la pauvreté, le manque d’accès à l’éducation, les soins de santé inadéquats et les inégalités entre les sexes qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits et assombrissent leur avenir.
Au cours des cinq dernières années, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a pris des mesures audacieuses pour catalyser l’autonomisation socio-économique des filles et des jeunes femmes. En 2019, le gouvernement a lancé son initiative « Enseignement primaire public gratuit », montrant ainsi sa ferme volonté de faire tomber les barrières financières qui ont maintenu les jeunes filles en dehors du système scolaire, et hors de vue depuis des décennies. Bien que cette initiative ait permis d’augmenter le nombre d’inscriptions des jeunes filles à l’école primaire, un obstacle majeur persiste : comment faire en sorte que les jeunes filles restent à l’école ?
En RDC, le nombre de filles inscrites à l’école primaire est en chute libre lors du passage à l’école secondaire, par rapport aux garçons. Les facteurs qui contribuent le plus souvent à ce déclin sont, entre autres, les mariages d’enfants, les grossesses non désirées chez les adolescentes, les violences sexuelles et sexistes et l’inceste. La cause profonde de ces facteurs peut être expliquée par la persistance de normes sociales néfastes au sein des communautés, les tabous liés à la santé sexuelle et reproductive (SSR), l’augmentation de la violence à l’égard des femmes, le manque d’accès à des informations et à des services de SSR précis, et la rareté des services de santé adaptés aux besoins des jeunes. Pour renforcer l’investissement du gouvernement dans l’avenir des filles et des jeunes femmes – souvent victimes de ces facteurs – Ipas RDC apporte une contribution unique à cette cause.
Alors que nous réfléchirons aux droits des femmes tout au long du mois de mars, Ipas s’engage à investir dans la santé sexuelle et reproductive des jeunes femmes et filles congolaises afin d’accélérer les progrès en matière d’équité entre les sexes, de développement socio-économique et de santé ».



