Dialogue national sur les droits à la santé sexuelle et reproductive en RDC : un levier stratégique pour l’autonomie corporel des femmes

Avr 10, 2026

Maputo Protocol

Organisé à Kinshasa en octobre 2025 par le ministère de la Santé, en partenariat avec Ipas RDC et rendu possible grâce au financement du FCDO dans le cadre du projet WISH2, le deuxième dialogue national sur la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive a rassemblé les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et la société civile, renforçant la collaboration entre les partenaires internationaux et les institutions nationales.

Quatre ans après la première édition de 2021, cette rencontre a marqué une étape décisive dans l’évolution des politiques et pratiques liées à l’avortement sécurisé en République Démocratique du Congo, en permettant d’évaluer les progrès accomplis, de mettre en évidence les défis persistants et de consolider une vision commune centrée sur l’autonomie corporelle et la dignité des femmes

The canadian delegation

Évaluer les progrès dans un contexte en transformation

Dans un environnement marqué par une forte stigmatisation de l’avortement, des interprétations juridiques restrictives et un engagement politique inégal, la tenue d’une seconde évaluation ne relevait pas d’un simple exercice de suivi. Elle répondait à une nécessité stratégique. Depuis 2021, l’écosystème de l’avortement et de la contraception en RDC a évolué dans un contexte instable, influencé à la fois par les priorités changeantes de l’agenda national et par une montée régionale et mondiale de discours conservateurs et anti‑droits.

Face à ces dynamiques parfois contradictoires, il était essentiel de disposer de données actualisées et objectives pour apprécier non seulement les progrès réalisés, mais aussi la résilience de l’écosystème. Cette seconde évaluation visait ainsi à éclairer l’action publique et le plaidoyer, à renforcer l’appropriation institutionnelle des enjeux et à consolider une vision commune fondée sur les droits, la santé et la dignité des femmes et des jeunes filles.

De l’état des lieux à l’objectivation du changement

Le premier dialogue national, organisé en 2021, a constitué une étape fondatrice. Pour la première fois en RDC, un diagnostic partagé de l’écosystème de l’avortement et de la contraception a permis de mettre en lumière les principaux goulets d’étranglement : faible connaissance des droits reproductifs, stigmatisation persistante, fragmentation des interventions et cadre institutionnel encore peu opérationnel malgré l’adhésion au Protocole de Maputo. Cet exercice a également ouvert un espace de dialogue inédit entre institutions publiques, partenaires techniques et société civile.

Women in DRC

Quatre ans plus tard, la seconde évaluation marque un changement d’ambition. Il ne s’agissait plus seulement de constater les écarts, mais d’objectiver les transformations engagées, d’identifier les domaines ayant progressé, stagné ou reculé, et d’orienter plus finement les choix stratégiques à venir. En mobilisant l’outil d’évaluation de l’écosystème durable de l’avortement et de la contraception, les parties prenantes ont pu passer d’un diagnostic initial à une lecture dynamique de l’évolution de l’écosystème, au service d’une action plus ciblée, cohérente et redevable.

Entre 2021 et 2025, l’écosystème est passé d’un état embryonnaire à une transformation mesurable, bien que fragile. L’analyse comparative des scores met en évidence des avancées notables dans certaines composantes, notamment l’accès à l’information et la mobilisation de ressources financières. Ces progrès témoignent d’une dynamique positive et d’une meilleure structuration des acteurs.

Cependant, plusieurs domaines clés connaissent une stagnation, voire une régression. Les normes sociales demeurent fortement marquées par des tabous, tandis que le soutien et le leadership politiques pâtissent d’un manque de continuité dans la mise en œuvre des recommandations. Le personnel et les services restent confrontés à des défis structurels, notamment l’insuffisance de formations adaptées, les réticences de certains prestataires et la pénurie de ressources humaines spécialisées. Cette dynamique contrastée rappelle que les avancées obtenues restent vulnérables sans un engagement politique et social renforcé.

 

A member of the canadian delegation

Le processus du dialogue et le leadership institutionnel

Women in DRC

Au‑delà des résultats, le deuxième dialogue national s’est distingué par la rigueur de son processus et par le leadership affirmé des institutions publiques. Organisé sur trois jours, il a permis une concertation structurée et une co‑construction des priorités, ancrées dans les orientations nationales. Le ministère de la Santé a joué un rôle central, tant par l’implication du ministre que par la présidence du processus assurée par le Secrétaire général à la Santé et l’engagement actif du Programme national de la santé de la reproduction (PNSR).

S’exprimant lors de l’ouverture, la Directrice du PNSR, Dr Anne‑Marie NTUMBA, a souligné la portée de cette démarche institutionnelle :

 « Ce dialogue s’inscrit dans une dynamique qui vise à promouvoir la santé et le bien‑être de toutes les femmes et jeunes filles de notre pays. Conformément à notre engagement institutionnel et interventionnel concernant le Protocole de Maputo, nous savons que les avortements non sécurisés restent l’une des causes principales des décès maternels dans notre pays. Il est de notre devoir de réfléchir afin d’offrir des services sûrs, de qualité et accessibles à tous ceux qui en ont besoin. »

Women in DRC

Les voix pour éclairer l’action

Les échanges ont également été nourris par des prises de parole fortes issues de la société civile et des professionnels de terrain. Mme Marie‑Chantal, magistrate et membre de l’Association des Femmes Magistrates du Congo (AFEMAC), a insisté sur la nécessité d’harmoniser les textes législatifs afin de transposer pleinement le Protocole de Maputo dans le droit national. De son côté, le Dr Berry Kikenda, de la Société Congolaise des Gynécologues Obstétriciens (SCOGO), a appelé à renforcer la sensibilisation communautaire pour briser les tabous persistants autour de l’avortement.

Vers une feuille de route pour l’autonomie corporelle des femmes

En définitive, ce deuxième dialogue national a contribué à repositionner l’État comme acteur clé de la durabilité de l’écosystème des droits à la santé sexuelle et reproductive, tout en renforçant l’accès à l’information et la coordination entre acteurs. Il a permis de faire évoluer le débat au‑delà d’une approche strictement technique, vers une vision résolument fondée sur les droits, la dignité et la responsabilité publique.

Group of people in the DRC

À l’issue des travaux, les parties prenantes se sont accordées sur la mise en œuvre d’une feuille de route 2025‑2028, qui sera portée par le Groupe de travail des soins complets d’avortement et de contraception centrés sur la femme, rattaché au ministère de la Santé. Ce cadre assurera le suivi, le plaidoyer et la coordination des actions, avec l’appui continu d’Ipas RDC, afin de transformer les constats en avancées durables pour la santé et l’autonomie corporelle des femmes en RDC.